Les maladies oubliées
L’industrie pharmaceutique continue de négliger la recherche et le développement relatifs aux maladies affectant majoritairement les populations pauvres des pays en développement.
Chaque année, un million de personnes meurent du paludisme, surtout des femmes et des enfants. Tuberculose, pneumonie et gonorrhée (un co-facteur de diffusion du Sida) deviennent résistantes aux médicaments actuels. Alors que 60 millions de personnes risquent de contracter la maladie du sommeil, les seuls traitements disponibles sont basés sur un dérivé de l’arsenic particulièrement toxique utilisé depuis les années 40, ou sur un ancien anti-cancéreux des années 80. Les infections sexuellement transmissibles touchent 340 millions de personnes chaque année. Si des traitements simples existent, la plupart ne les prennent pas par manque de diagnostics simples et fiables.
Entre 1975 et 1999, seul 1% des 1393 nouveaux médicaments mis sur le marché étaient destinés aux maladies oubliées et la situation ne s’est pas arrangée. Entre 1999 et 2004, sur 163 nouveaux médicaments, seules trois nouvelles molécules innovantes ciblant des maladies qui affectent les pays en développement ont été mises sur le marché. Quelquefois, il suffirait d’adapter des médicaments des pays développés aux climats des pays en développement, de porter attention aux groupes sensibles comme les enfants, les femmes enceintes et allaitantes. Mais aussi de concevoir des traitements, surtout pour les maladies chroniques, qui puissent être suivis de manière pratique (distribution, voie d’administration, étiquetage, emballage, etc.)… et peu chère.
Pas rentables, les souffrances les pays pauvres?
« Les personnes souffrant de la tuberculose – qui tue chaque année près de 2 millions de personnes – nécessitent un traitement de 6 mois. Or, le médicament le plus récent date d’il y a 30 ans », explique Helena Vines-Fiestas, auteur du rapport d’Oxfam « Investing for life ». Pourquoi? Les laboratoires pharmaceutiques n’investissent pas assez en recherche et développement (R&D) en direction de nouveaux traitements pour les maladies affectant les populations pauvres… jugées pas assez lucratifs. Leur argument: les brevets sont trop longs et difficiles à obtenir pour motiver l’innovation, surtout à destination de maladies des pays pauvres, peu solvables. Trop contraignant (pas assez selon les pays en développement – lien vers article biopiraterie), le régime des brevets favoriserait alors les « blockbusters », médicaments-phares qui se vendent comme des petits pains (anti-dépresseurs, etc.)
Depuis 2002, certaines entreprises se sont pourtant plus fortement impliquées en R&D, particulièrement pour le Sida, la tuberculose et le paludisme. En l’absence de motivation commerciale, pour les entreprises, ces recherches ne peuvent passer que par le biais de partenariats public-privé (PPP), peu onéreux pour les multinationales (qui ne publient pas ces dépenses spécifiques). Ces partenariats ont abouti à la création d’un seul médicament non breveté contre le paludisme, en dose journalière. Les résultats de ce type de recherche doivent-ils être brevetés? Si Novartis tient à tout breveter, pour Sanofi-Adventis, mieux vaut ne pas demander de brevet pour rendre le produit disponible plus vite à la population. De plus, les entreprises ont tendance à appliquer aux médicaments issus de tels partenariats une politique de prix identique à celle de tous les médicaments destinés aux pays en développement.
Pourtant, diagnostiquant une faible productivité et craignant l’expiration des brevets, les actionnaires des multinationales pharmaceutiques sont prêts à les pousser à étendre et à diversifier leur « portefeuille de médicaments » pour répartir le risque. Potentiellement immense, le marché des pays émergent pourrait pousser les industriels à enfin investir dans leur direction.
Raquel Hadida
21.03.2008
© juthathip tybon/ Istockphoto
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