Prix des droits de l’Homme 2008
La Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH) a remis, le 10 décembre, son prestigieux prix à cinq associations de défense des droits de l’Homme, d’Ouzbékistan, du Maroc, de Tunisie, du Liban et de Somalie.
Les propos de Bernard Kouchner et sa prise de bec avec Rama Yade n’ont pas réussi à gâcher la fête voulue par la CNCDH selon une tradition désormais vieille de vingt ans. La Déclaration universelle des droits de l’Homme était bien sûr à l’honneur pour son soixantième anniversaire, sous les lustres du Palais des affaires étrangères. La Secrétaire d’État aux droits de l’Homme a tenu à citer le Zimbabwe, la Birmanie et la Corée du Nord comme des pays où le malheur des hommes s’avère organisé, ainsi que la République démocratique du Congo, et notamment sa région du Nord Kivu, où elle a déclaré avoir constaté de nombreuses atteintes aux droits des femmes.
Michel Forst, secrétaire général de la CNCDH, a de son côté émis une recommandation à l’intention du Ministère des Affaires étrangères, appelant à une protection diplomatique française efficace pour tous les défenseurs menacés à travers le monde, en particulier par l’intermédiaire des ambassades françaises à l’étranger. Il a ensuite rappelé les deux thèmes choisis pour le Prix des droits de l’Homme 2008 de la République française cette année: le respect effectif des droits économiques, sociaux et culturels et la protection des défenseurs des droits de l’Homme. Il a ensuite remis leur prix, accompagné d’une dotation globale de 75 000 €, aux cinq lauréats.
Aux côtés des petits bonnes du Maroc
«L’insoutenable, c’est quand ces petites bonnes du Maroc travaillent dès l’âge de 4 ou 5 ans», a expliqué Yasmina Filali, présidente de la Fondation Orient Occident. «Elles sont victimes de maltraitances et sont surnommées «auto-école», puisque les garçons de la famille s’essaient sexuellement sur elles», a-t-elle ajouté. Cette association a développé deux axes de travail: la sensibilisation des parents en milieu rural, d’où sont originaires toutes ces jeunes filles, et un plaidoyer auprès du gouvernement, des parlementaires et de la presse.

Contre les persécutions ouzbèkes
Mme Moutabar Tadjibaeva, présidente de l’association «Les cœurs ardents» a été récompensée pour avoir créé un projet d’aide humanitaire visant à soutenir les victimes du régime, en particulier des défenseurs des droits de l’Homme persécutés. Elle espère par ailleurs utiliser le montant de sa dotation pour développer des actions spécifiques en faveur des prisonniers politiques.

Pour les femmes somaliennes
Autre lauréate, Mme Halima Arush, a reçu un Prix pour son association, IIDA Women’s Development Organization, et en particulier son centre de santé pour les femmes victimes de violences ou de mutilations génitales.
Guérir les enfants du Liban
«Non seulement le Liban n’est pas libre, mais il subit l’oppression depuis des années», a rappelé Myrna Ganage, présidente de l’association libanaise pour la protection de l’enfant. La CNCDH a salué son projet de prise en charge psychologique des enfants traumatisés par la guerre dans un pays où aucun programme national de ce type n’a été mis en place malgré les bombardements successifs.

Des femmes démocrates en Tunisie
Mme Khadija Cherif, présidente de l’association tunisienne des femmes démocrates, a rappelé que les violences dont sont victimes les femmes sont principalement liées au conservatisme religieux. Elle a créé un centre d’écoute et d’orientation des femmes en situation de vulnérabilité. Dans son discours, elle a rappelé que «dans un contexte d’Internet bloqué, de surveillances policières, et d’absence de débats publics, le travail de sensibilisation est particulièrement compliqué».
Stéphanie Senet
11.12.08
Légende de la photo de une: Rama Yade et Michel Forst en compagnie de lauréats
Photo en haut: Rama Yade et Michel Forst
© S. Senet
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