Le bio ne connaît pas la crise
Malgré un contexte de crise, le bio se porte bien! C’est en tout cas ce que révèle le baromètre de l’Agence Bio, en charge du développement et de la promotion de l’agriculture biologique, récemment rendu public. En 2008, 44% des Français ont consommé au moins un produit bio au moins une fois par mois, contre 37% en 2003. Une fidélisation progressive, qui récompense les efforts menés par les acteurs du secteur pour faire connaître plus largement le bio en France.
«L’intérêt est structurel, c’est une tendance de fond, ce n’est pas un effet de mode», assure Elisabeth Mercier, directrice de l’Agence Bio depuis plus de quatre ans. Et les chiffres semblent lui donner raison. Selon les résultats du baromètre de l’Agence, réalisé en octobre 2008, l’achat de produits biologiques augmente par rapport à 2007: 39% des Français déclarent avoir acheté des produits bio aux cours des 4 semaines qui ont précédé l’enquête, contre 37% en 2007, et 33% en 2003. Si l’évolution peut sembler lente, elle révèle cependant que le bio continue d’attirer de nouveaux consommateurs, puisque 21% d’entre eux disent en consommer depuis moins de 2 ans, tout en conservant des acheteurs fidèles, convertis depuis 9 ans, en moyenne. Et bien que les temps soient durs, 82% des consommateurs-acheteurs ont continué d’acheter bio en 2008 et 22% d’entre eux disent avoir l’intention d’augmenter leur consommation.
Les fruits et légumes stars du panier bio
La confiance des Français pour le bio est donc au beau fixe et devrait même connaître une belle évolution puisque pour 76% d’entre eux pensent qu’il s’agit d’une solution d’avenir pour faire face aux problèmes environnementaux et ils sont encore plus nombreux à penser qu’il faut développer l’agriculture biologique en France (86%). En tête de liste des produits les plus consommés, on trouve les fruits et légumes, suivis de près par les produits laitiers puis des produits d’épicerie et de la viande. «Ça nous donne une belle gamme de produits qui s’est élargie», se réjouit Elisabeth Mercier. «La nouveauté de l’année 2008, c’est la croissance d’intérêt pour le vin issu de raisins bio». Cela s’explique tout simplement parce que l’offre a augmenté. «On ne peut développer un marché et satisfaire les attentes des consommateurs qu’avec des produits qu’on met à la vente sur les lieux d’achat. C’est interactif: les producteurs développent parce qu’ils sentent l’intérêt de la société des consommateurs, qui lui-même va se développer si ces derniers on l’occasion d’acheter. Il faut arriver à ce que cette spirale vertueuse s’installe. On a besoin les uns des autres».
Informer pour fidéliser
Reste que, si l’on en croit les chiffres du baromètre, plus de la moitié des Français ne consomment pas du tout de produits bios. La faute aux prix? Ce n’est sans doute pas la seule raison, mais seulement 39% des Français trouvent normal de payer plus cher un produit bio par rapport à un non bio. Le manque d’information pourrait expliquer ces résultats. Bien qu’à ce niveau là, des efforts aient été accomplis et aujourd’hui 51% des Français estiment être bien informés sur ces produits contre 41% en 2006, et 85% des Français connaissent la marque AB. «Les produits bio ont une belle notoriété mais il faut se rendre disponible pour répondre aux interrogations, pour que la connaissance dans la bio soit de plus en plus approfondie», recommande Elisabeth Mercier. «Il faut continuer à bien informer sur les qualités intrinsèques des produits bios.»
Un «service public vert»
Pour atteindre d’ici 2012 l’objectif de convertir 6% du territoire agricole en biologique, l’Agence Bio compte aussi beaucoup sur l’aide des pouvoirs publics. Lundi 23 février, le ministre de l’agriculture, Michel Barnier a annoncé, devant le Conseil supérieur d’orientation de l’agriculture (CSO), sa volonté de préserver une PAC après 2013 en réorientant les aides publiques vers les secteurs les plus respectueux de l’environnement. Une annonce attendue par les professionnels du secteur de l’agriculture biologique mais, selon l’Association France nature Environnement (FNE), le budget tel que le prévoit le Grenelle de l’environnement est insuffisant pour tripler les surfaces en agriculture biologique d’ici à 2012. Or, pour Elisabeth Mercier, «l’engagement des pouvoirs publics est essentiel. Car c’est au niveau de l’État et des collectivités territoriales que le soutien doit se faire. On pourrait même parler d’un ‘service public vert’». Le fonds de structuration des filières biologiques, mis en place en 2008, dans le cadre du «plan agriculture biologique horizon 2012», va dans ce sens. Il est géré par l’Agence bio et est doté de 3 millions d’euros par an pendant 5 ans. Mais en termes d’engagement de l’État et des collectivités locales, il faudrait aller encore plus loin. Pourquoi ne pas introduire par exemple plus largement le bio dans la restauration collective, comme semblent le plébisciter 78% des parents dont les enfants n’ayant jamais eu de repas avec des produits bio en restauration scolaire, toujours selon le baromètre 2008. Et, chez les adultes 42% des Français sont intéressés par des repas avec des produits biologiques au restaurant, et 38% des actifs en souhaitent dans leur restaurant d’entreprise. Alors à bon entendeur…
Marie Ernoult
Consultez l’intégralité du baromètre 2008 de l’Agence Bio
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