« Nous sommes ici au cœur de l’Europe »

Jean-Marie Bockel, Maire de Mulhouse, Secrétaire d’État à la défense et aux anciens combattants, partage sa vision d’une Europe de la paix, symbolisée par le choix de ces deux villes pour le sommet de l’Otan.

Monsieur le Ministre, vous êtes Alsacien, que représente pour vous le choix des villes de Strasbourg et de Kehl pour la tenue du Sommet de l’Otan ?
C’est une belle symbolique parce que nous sommes ici au cœur de l’Europe. Et si on en est là, c’est parce qu’un jour, on a pu, après tant de conflits principalement franco-allemands, aller vers la réconciliation. Et sans cette réconciliation, il n’y aurait pas l’Europe de la paix symbolisée par Strasbourg et Kehl, dont le Pont du Rhin est l’illustration de l’amitié entre la France et l’Allemagne.
Organisée pour la première fois en commun entre la France et l’Allemagne, le Sommet de Strasbourg-Khel des 3 et 4 avril prochains, verra l’Alliance atlantique fêter son 60ème anniversaire. Le choix de l’Alsace n’est pas anodin, elle qui a tant souffert dans sa chair et qui a donné tant d’hommes et de femmes, qui se sont sacrifiés sur l’autel de la défense de la liberté, notamment pendant les deux derniers conflits mondiaux.
L’attention médiatique et de la communauté stratégique mondiale sera focalisée sur les villes de Strasbourg, Khel et Baden-Baden. Déjà, il y a quelques mois, les annonces franco-allemandes quant au devenir de la BFA et l’installation éventuelle à Strasbourg, sur le territoire national d’une brigade allemande (soit à peu près 800 hommes) ont été révolutionnaires.

En France et en Europe, quelles valeurs faut-il encore « défendre » aujourd’hui, et avec quels outils ?
Un pays qui n’a pas de mémoire, n’a pas d’avenir. Pour revenir à la réconciliation franco-allemande, elle ne s’est pas fondée sur l’oubli, mais au contraire sur la connaissance de ce qui nous a déchiré, des processus terribles qui ont conduit à des régimes totalitaires et à des génocides. Tout cela, nous ne devons jamais l’oublier. À partir du moment où on est au clair, et notamment avec les jeunes générations, sur le racisme, là d’où l’on vient, ce qui fait aujourd’hui la France plurielle car elle est aussi née de cette histoire, cela nous conforte pour défendre des valeurs qui sont les devises de notre République. À partir du moment où il y a cette vision partagée de notre histoire, des enjeux de notre société, de l’avenir d’un monde meilleur, et bien on sait se défendre et pourquoi se battre !
Ces valeurs se traduisent en termes de défense. Le Livre blanc sur la Défense et la Sécurité nationale, présenté le 17 juin dernier, a vocation à structurer la réflexion stratégique pendant les quinze prochaines années. Les principales orientations s’articulent autour des différentes fonctions stratégiques que sont la dissuasion, la connaissance – anticipation, la préparation de l’avenir, la protection du territoire, la dimension prévention, accompagnée du renforcement de la capacité d’intervention et de projection pour assurer nos engagements au sein des alliances (UE, Otan, ONU).
Le Livre Blanc met désormais en avant le concept de Résilience. La résilience se définit comme la volonté et la capacité d’un pays, de la société et des pouvoirs publics à résister aux conséquences d’événements graves, puis à rétablir rapidement leur fonctionnement normal, à tout le moins dans des conditions socialement acceptables. Plus la résilience de la nation sera forte, plus celle-ci adhèrera aux objectifs de la défense et de la sécurité, plus la sécurité nationale sera assurée. Une haute résilience a pour corollaire la recherche d’un bon niveau d’information des citoyens. La résilience a une dimension sociale qui implique non seulement l’Etat et, plus généralement, les pouvoirs publics, mais encore les acteurs de la société civile. C’est dans ce contexte, qu’une réserve opérationnelle et des Réservistes citoyens rendus opérationnels peuvent apporter leurs compétences pour répondre à ces crises inopinées…
Enfin, la France veut la paix, autant qu’il soit possible pour elle de contribuer à la maintenir et si nécessaire à la restaurer, à ses frontières et plus loin, comme l’a souligné le Président de la République dans sa présentation de l’ouvrage aux Armées, le 17 juin 2008, en rappelant que c’est la vocation de la France de « porter cet idéal de paix et de liberté, et de l’incarner dans le monde actuel ».

Ne peut-on reprocher à l’Otan de nourrir le choc des civilisations – que vous et la France êtes pourtant les premiers à condamner –, en occidentalisant les enjeux de défense ?
L’Europe de la défense, en laquelle je crois beaucoup, ne pourra franchir de nouvelles étapes qu’avec une complémentarité accrue avec l’Otan. Là où sont en jeu notre sécurité et la paix dans certaines régions du monde, nous sommes la plupart du temps ensemble. C’est donc le contraire du choc des civilisations. Nous sommes dans une alliance très large regroupant des États très différents les uns des autres. On sait aussi que la doctrine de l’Otan, avec un monde nouveau, de nouvelles menaces par rapport à l’époque du rideau de fer, est en train d’évoluer.

Le renforcement de notre dispositif au sein des structures de l’Alliance ne signifie néanmoins aucunement une modification de notre politique étrangère. Il n’affecte en rien non plus notre détermination à assumer les responsabilités que nous confère notre statut de membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies. Au contraire il nous permet de mieux peser, suffisamment en amont pour être entendus et respectés.
Si la France a choisi de reprendre toute sa place au sein de l’Alliance, c’est avant tout pour faire progresser l’Otan et l’UE, deux organisations complémentaires que l’on souhaite voir contribuer à la stabilité dans le monde.
C’est en substance ce que j’ai dit ces dernières semaines à mes interlocuteurs marocains et tunisiens, tout comme à l’actuel Secrétaire général de l’organisation, Joop de Scheffer, que j’ai accueilli à Strasbourg, en vue des préparatifs du Sommet. Le « plein retour » de la France dans l’Otan nécessite, d’ailleurs, un dialogue constant et approfondi avec les pays arabes, à qui la France doit savoir expliquer qu’il ne s’agit nullement d’une rupture.

L’Otan développe d’ailleurs, déjà des relations avec de nombreux pays du Maghreb, du Machrek et du Moyen-Orient, ainsi que l’espace caucasien et centro-asiatique ; et ce pour contribuer à la sécurité et la stabilité de la région (Dialogue méditerranée, Initiative de coopération d’Istanbul, Partenariat pour la Paix).
Je rappelle que la France agit au niveau international dans le cadre de l’UE à travers une Politique Européenne de Sécurité et de Défense (PESD). A l’Onu ensuite, vecteur essentiel de la sécurité collective, garantie par des opérations de maintien de la paix, qui ont fêté en 2008 leur 60ème anniversaire. Au sein de l’Otan enfin dont l’article 5 du Traité de l’Atlantique Nord, portant sur la solidarité entre ses membres en cas d’agression – est la clé de voûte.
Il s’agit surtout d’une réflexion qui nous concerne tous : celle visant à construire collectivement l’architecture de paix, de stabilité et de la sécurité du continent européen et de son voisinage stratégique proche et éloigné.

Propos recueillis par Marie Ernoult et Michel Taube

LAISSER UN COMMENTAIRE


Nouveau ! PUBLIER CET ARTICLE DANS VOTRE JOURNAL

Nous vous proposons de publier les articles de la Rédaction de Toogezer sur votre site Internet ou dans votre journal :

- Vous pouvez publier cet article gratuitement si vous insérez le logo de Toogezer en haut à droite de l'article. Copier-coller ci dessous le code html correspondant au logo.

- Vous pouvez publier cet article en marque blanche contre la somme forfaitaire de 3 €. Cliquez sur le bouton ci-dessous pour payer et acquérir en ligne la licence via PayPal.


nous vous suggérons de lire également :

Nice : la réussite du développement durable appliqué
Nice : la réussite du développement durable appliqué

Nice accueille quatre millions de visiteurs par an, dont 60% sur la période de mai à septembre, ce qui en fait une des destinations touristiques françaises les plus prisées. Quand on associe Nice et développement durable, on pense assez souvent au technopole de Sophia Antipolis. Sorte de Silicon Valley à la Française, le technopôle n’est pas l’îlot du développement durable dans la région, loin de là.

Les Amanins (Drôme) : vitrine de l’autonomie écologique
Les Amanins (Drôme) : vitrine de l’autonomie écologique

Au sud de Valence, dans la Drôme, la ferme des Amanins est le « laboratoire » d’un mode de vie écologique autonome. Nés de la rencontre entre l’entrepreneur Michel Valentin et du philosophe Pierre Rabhi, Les Amanins proposent des journées, des ateliers, des séjours sur l’agro-écologie, la construction écologique et le montage de projets.