Patagonia : une entreprise au service de l’environnement
Faire du profit tout en respectant l’environnement, c’est possible. Yvon Chouinard le prouve depuis près de 40 ans, avec son entreprise de vêtements de plein air, Patagonia. Aujourd’hui, de nombreux entrepreneurs soucieux de leur impact sur la nature s’en inspirent. Le parcours de ce businessman amoureux des grands espaces, pourrait bien susciter des vocations…
A 71 ans, c’est avec une passion intacte qu’Yvon Chouinard raconte la fabuleuse ascension de Patagonia, l’entreprise de vêtements de plein air, qu’il a fondée au début des années soixante, dans le magnifique décor de la vallée du Yosemite, au cœur de la Sierra Nevada, aux Etats-Unis. Féru de travail manuel et passionné d’artisanat, Yvon Chouinard confie qu’il n’a « jamais voulu être businesssman ». Si aujourd’hui son entreprise Patagonia est mondialement connue pour la qualité de ses produits, il explique surtout son succès par la démarche éthique à laquelle il s’est toujours scrupuleusement accroché et qui a été un facteur de croissance.
Une passion pour l’escalade
Dès les années 50, Yvon Chouinard place son intérêt pour la nature au cœur de sa vie, personnelle, comme professionnelle. Passionné d’escalade depuis son plus jeune âge, il en connaît aussi les limites en termes de dégradation de l’environnement. Ainsi, à la fin des années 50, dans l’arrière-cour de ses parents, près de Los Angeles, il fabrique ses premiers pitons réutilisables. Une caractéristique qui n’existait pas jusqu’alors. Rapidement son matériel remporte du succès auprès des grimpeurs, et Yvon fonde, avec des amis, Chouinard Equipement qui devient, dans les années 1970, le premier fournisseur de matériel d’escalade des États-Unis. Son intérêt pour l’environnement le pousse à cesser cette activité quelques années plus tard, le matériel endommageait la roche. L’entreprise lance alors une alternative aux pitons : des coinceurs en aluminium pouvant être glissés dans et hors des fissures des parois rocheuses, au lieu d’être martelés définitivement. Ce respect de la nature devient un impératif qu’il ne le lâchera plus. Sa devise : « créer le meilleur produit. Un produit qui est à la fois bon techniquement, et qui causera le moins de tort à la nature ».
Les débuts de Patagonia
Toujours en avance sur son temps, Yvon Chouinard et son équipe créent un raz de marée dans la mode outdoor quelques années plus tard, en lançant une ligne de vêtements de sport en version colorée, inspirés des maillots de rugby de l’époque… Il fallait un nom pour les représenter. Ce sera Patagonia. L’aventure est lancée. Le souci de la performance technique, de la qualité des produits et du respect de l’environnement, en font rapidement une marque incontournable. Les expérimentations de Patagonia en matière de développement durable se traduisent dans toute la gamme de produits, mais pas seulement. Les cotons utilisés sont 100% biologiques. Certaines matières, dont le Synchilla Fleece, sont fabriquées à partir de bouteilles en plastique recyclées. « Nous récupérons les équipements produits par nos concurrents et les recyclons pour fabriquer nos nouveautés, reprenons les accessoires usés et les réparons à moindre coût pour nos clients qui veulent continuer à les utiliser». En 2002, il créé avec Craig Matthews 1% Pour La Planète, un club rassemblant des entreprises qui s’engagent à donner au minimum 1% de leur chiffre d’affaires annuel à la protection de l’environnement. Depuis, ce programme est devenu l’une des plus importantes sources de financement des actions de protection de l’environnement dans le monde. Plus de 850 entreprises en sont membres, dans 27 pays, dont plus d’une centaine en Eu¬rope et une quarantaine en France.
Rendre compatible profit et respect de l’environnement
Aujourd’hui, Patagonia compte 1500 employés. Et Yvon Chouinard reste convaincu que « Patagonia et ses employés ont les moyens de faire bien et de prouver au reste du monde que faire les bons choix, notamment vis-à-vis de l’environnement, rend les entreprises pérennes ». Il fustige le modèle capitaliste fondé sur la croissance infinie qu’il dénonce pour sa responsabilité dans la destruction de la nature. » D’ailleurs il en appelle à la refonte de ce modèle car pour lui, c’est la « destruction de notre civilisation qui est en jeu ». Il sait que les initiatives durables des entreprises ne solutionneront pas à elles seules la problématique environnementale, mais il veut montrer à travers l’expérience de Patagonia que le « profit et le respect de l‘environnement sont compatibles ». Son entreprise n’a d’ailleurs jamais souffert de ses engagements, bien au contraire : « à chaque fois que j’ai dû prendre une décision respectueuse de la nature pour Patagonia, l’entreprise a gagné de l’argent ».
Le management par l’absence
La réussite de Patagonia dans le monde tient sans doute également au mode de management novateur qu’Yvon a mis en place dès le début. A savoir, le management par l’absence ! Passant le plus clair de son temps dans la nature sauvage, à pécher ou crapahuter, il n’est pas rare qu’il dise à son équipe : « Je quitte le bureau, et qu’on ne m’appelle pas, même si les bureaux sont en feu ! « S’il peut se permettre d’être absent, c’est parce qu’il s’entoure « de gens qui adhèrent à la philosophie de Patagonia, au développement durable. Je leur propose des horaires flexibles pour qu’ils cultivent leur liberté et qu’ils pratiquent les sports de plein air dès que les conditions le permettent… On ne peut pas savoir plus de quelques heures à l’avance si les vagues sont bonnes à surfer, alors la souplesse des horaires s’impose tant que ce fonctionnement ne porte pas préjudice à un autre service de l’entreprise! »
Aujourd’hui, sa plus grande fierté en tant que dirigeant de Patagonia est l’influence qu’il arrive à exercer, au service de la planète, sur d’autres entreprises. « D’énormes multinationales, comme Wal Mart par exemple, viennent nous trouver pour demander conseil et pour améliorer l’impact qu’elles ont sur l’environnement. Et c’est là que notre action a finalement le plus gros impact.» Une belle réussite, pour un homme qui n’a jamais voulu être un businessman !
Marie Ernoult
A lire : Homme d’affaires malgré moi. Confessions d’un alter-entrepreneur, d’Yvon Chouinard. Editions Vuibert.
1% pour la planète : www.onepercentfortheplanet.org
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