Fatiha Benatsou : un haut fonctionnaire pas comme les autres

photo-009Lundi 29 juin à Cergy (95), la diversité de nos élites avancera d’un pas avec la nomination de Fatiha Benatsou à la fonction de Préfète déléguée à l’égalité des chances du Val d’Oise. Toogezer a rencontré pour vous ce haut-fonctionnaire hors du commun.

Comment a débuté votre engagement contre les exclusions ?

« Mes parents étaient analphabètes mais ils avaient une éducation. Ils m’ont transmis un certain nombre de valeurs. D’autre part, j’ai eu la chance de faire ma scolarité avec des institutrices admirables. Elles m’ont servi de modèles. C’est de là que je tire ma conviction que l’instruction rend libre. J’ai aussi cru dans le modèle républicain méritocratique : malgré les portes souvent fermées, je me suis battue, j’ai repris des études et je me suis construite.

Dans les années 70, le mouvement associatif était peu développé, les gens agissaient individuellement. J’ai fait partie de ce mouvement contre l’exclusion. J’ai écrit des lettres aux préfets et responsables de l’époque pour dénoncer notamment l’illettrisme. Désormais, c’est moi qui recevrai ces lettres… »

Comment a été reçu votre livre « Le rêve de Djamila » ?

« J’ai reçu des lettres, surtout de jeunes filles qui retrouvaient dans mon histoire celle de leurs mères. Ce qui est incroyable, c’est l’oubli dans lequel sont tombés ces pans entiers de vie. Lorsque l’on parle d’immigration, on pense systématiquement à la construction des grands ensembles dans les années soixante. On laisse totalement à l’écart la période précédente avec ses bidonvilles, notamment dans la banlieue nord de Paris. Le courage et la débrouillardise de ces populations dans des situations de dénuement extrême sont pourtant à mettre en valeur. Il ne s’agit pas de faire du misérabilisme mais de mettre en avant des aventures humaines exceptionnelles. »

Dans votre ouvrage, il y a une tentative de concilier racines et émancipation par rapport à des traditions contraires à la liberté des femmes et de l’individu. Comment êtes-vous parvenu à un équilibre entre mémoire et émancipation ?

« Le fait d’être d’origine musulmane a moins joué que celui d’être une femme dans un milieu défavorisé. Il y a des musulmanes de milieux aisés qui sont parfaitement libres et ont fait des études. Pour mener à bien mes ambitions, scolaires notamment, j’ai dû faire face à un père qui ne concevait absolument pas qu’une femme puisse avoir une vie indépendante. Mon but essentiel était de sortir de la misère. Mon père, qui était totalement étranger à ce type de projet, y a finalement adhéré pour lui-même. »

Qu’est-ce qu’une préfette déléguée à l’égalité des chances ?

« La fonction de préfet délégué à l’égalité des chances est née en même temps que la loi du même nom en 2005. Il existe actuellement six préfets délégués à l’égalité des chances dans les régions les plus touchées par le recul de l’ascenseur social : Marseille, Lyon, Essonne, Seine Saint-Denis, Val d’Oise et Lille. Les préfets délégués à l’égalité des chances sont des acteurs qui connaissent le terrain. Leur parcours est souvent un peu atypique par rapport aux préfets traditionnels. Notre rôle est d’intégrer socialement et économiquement les habitants. Cela ne concerne pas seulement les habitants des cités mais aussi des campagnes qui sont également très touchés par les problèmes sociaux. »

Quelles sont vos priorités ?

« Qu’il s’agisse du chômage, de la formation ou de la place des femmes, je trouve ces trois domaines importants et je vais m’employer à les mener à bien de concert. Je compte aller voir tous les parties prenantes, qu’il s’agisse des élus, des entreprises, des associations et évidemment des habitants. En se mettant tous ensemble autour de la table, on va trouver des solutions. »

Propos recueillis par Michel Taube et Olivier Moulergues 

Un commentaire

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  1. Par son parcours depuis son enfance à ce jour, elle est méritante.

    Je trouve que c’est une vraie battante, et elle a une très grande volonté. Elle ne se laisse pas abattre par la négativité des uns et des autres. Elle a bien persévéré. La preuve c’est l’excellent résultat qu’elle reçoit aujoud’hui. Comme quoi les étrangers font (que l’on ne veuille ou non) partie intégrante de ce pays.

    Je souhaite à Fatiha, très sincèrement une excellente réussite dans son nouveau domaine, et que Dieu soit toujours à ses côtés, pour la protéger, l’aider encore mieux.

    Amitiées.

    Naisha

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