Les bonnes ondes de Ndeke Luka
Depuis Bangui, la capitale centrafricaine, une radio pas comme les autres, s’échine à parler des problèmes vitaux d’une population délaissée par le pouvoir en place.
Une opposition politique « taciturne »
« Cette chronique boucle provisoirement la première édition de la journée. Mesdames, Messieurs, vous restez en compagnie de Gérard Bissawene pour l’animation de la matinée. Gardez votre confort d’écoute ! ». Il est 8h20 sur 100.8 FM à Bangui. La note de fin du journal matinal est donnée par le présentateur. La conférence de rédaction de Radio Ndeke Luka peut commencer, sous la direction de Sylvie Panika, la très solide rédactrice en chef au physique de handballeuse professionnelle…
En ce début juillet 2008, l’actualité s’avère exceptionnellement débordante. La capitale centrafricaine connaît des coupures répétées et continues d’électricité depuis que deux turbines du barrage hydroélectrique ont lâché, il y a quinze jours. Les quartiers de la ville ne sont plus alimentés que quelques heures par jour, les uns après les autres. Un vrai désastre pour la population qui est le plus clair de son temps plongée dans le noir, dès le coucher du soleil.
« Au Cameroun, les gens s’agitent quand il y a de tels problèmes. Mais ici, personne ne bouge », s’énerve Sylvie Panika, tout en relativisant : « En même temps, ce n’est pas à nous, journalistes, d’inciter les gens à descendre dans la rue. Mais je pose la question : est-ce qu’il existe une opposition en Centrafrique ? ». « Elle est taciturne », répond, le sourire aux lèvres, Richard Pouambi, le journaliste politique de l’équipe. « On entend les hommes politiques jusqu’à ce qu’ils soient au pouvoir. Ensuite, ils ont la bouche pleine et la bouche pleine ne parle pas. C’est vraiment malheureux pour la RCA », fumine la rédactrice en chef avec la conscience de devoir se répéter un peu trop souvent.
L’oeil protecteur de l’ONU
Le ton est donné. Au sein de cette radio, dont le nom signifie en sango « oiseau de chance », on prend son rôle d’opposition très au sérieux. Créée en 1998 par la mission des Nations unies en Centrafrique, Ndeke Luka a pris son indépendance en 2000 sous l’égide de la Fondation suisse Hirondelle (cf. encadré). Dans un paysage médiatique dominé par les antennes progouvernementales, elle joue les trublions. « Le pouvoir ne nous aime pas beaucoup car nous posons beaucoup de questions », explique Sylvie Panika. « Mais comme il y a l’oeil de l’ONU derrière nous, il n’ose pas nous dire grand chose ».
Inlassablement, les journalistes décryptent les événements et formulent, à chaque reportage, la même question à leurs interlocuteurs : « quel est le message que vous voulez faire passer auprès des autorités centrafricaines ? ». Recentrer le pouvoir sur ses responsabilités représente une tâche titanesque au regard des moyens accordés aux quinze membres de l’équipe : un petit local, cinq bureaux, trois ordinateurs de travail, deux de montage, deux studios, une voiture, et un groupe électrogène qui fait des siennes. Leurs atouts ? Une antenne émettant 24h sur 24 et 7 jours sur 7, une grande empathie avec la population, et une équipe qui insuffle un optimisme et une énergie indispensables au maintien de ce ton unique dans un désert étatique et civil où la corruption des uns fait la résignation des autres.
« Je prends mon magnéto et on y va »
Il est 9 heures Joël Bandiba doit se rendre à l’association La Voix du Coeur pour interviewer son directeur dans le cadre de son émission hebdomadaire sur les enfants des rues. Muni d’un seul magnéto ,grand comme un paquet de cigarettes, le voilà qui pousse la porte d’un des rares refuges de la ville pour les enfants en déshérence.
Ils sont 3000 dans les rues de Bangui à décharger au petit matin les camions du marché, à appeler des taxis dans la rue en échange de quelques francs CFA, à dormir sur un carton à la nuit tombée. Une centaine d’entre eux font un détour quotidien par La Voix du Coeur. Ils peuvent s’y faire soigner, suivre un cours d’alphabétisation, jouer, se laver et prendre un repas. Un moment d’apaisement sous la haute surveillance de Victor.
Celui qu’on surnomme « grand frère » a connu la lutte dans la rue pendant deux ans. Orphelin de père et de mère, il a fui une tante qui le maltraitait. Après des passages répétés dans ce centre, il a fini par intégrer l’équipe des 60 enfants qui ont la chance de dormir dans un lit car ils ont été retenus comme internes. Aujourd’hui, à 25 ans, Victor a rattrapé son retard scolaire, est rentré à l’Université des lettres anglaises, et veut embrasser la carrière de diplomate. Un exemple soigneusement mis en avant par les équipes pour motiver les enfants tombés à la rue à cause de la pauvreté, du décès des parents, du VIH/Sida, de la maltraitance ou de l’accusation de « sorcellerie ».
« Nedeke Luka dit la vérité »
Son interview en poche, Joël rentre à la rédaction pour monter son émission « Iri timbi godobe », « Je m’appelle enfant de la rue ». Un thème emblématique des missions de cette antenne qui répète dans ses jingles qu’elle est la radio du développement, de la paix, de la bonne gouvernance, de la démocratie et du respect des droits de l’Homme.
« Bonjour grand père ». Dans les studios, Joël croise Lucien Dambale, petit bonhomme de 66 ans, qui vient d’enregistrer ses deux émissions hebdomadaires de contes. Entré en radio en 1958, ce conteur vedette a vu l’ascension de l’empereur Bokassa, a connu des dizaines de coups d’État, et a été renvoyé de la radio nationale pour avoir poussé trop haut la critique. A Ndeke Luka, sa voix chaude et puissante est le symbole enthousiaste de la résistance au silence. Il séduit les adultes avec ses histoires intemporelles et parle aussi bien aux enfants à qui il transmet avec humour quelques leçons de vie. Il est pour beaucoup dans la cote de popularité de la radio, comme l’exprime Gabriel Siony, un Ancien de 76 ans, fidèle auditeur de 100.8 FM : « Radio Centrafrique ne fait que diffuser les communiqués du gouvernement. Moi, j’aime Ndeke Luka. Lucien Dambale est notre grand-père à tous et cette radio dit la vérité ».
Stéphanie Senet
Radio Ndeke Luka sur Internet : www.radiondekeluka.org
Une hirondelle pour la paix
La fondation suisse Hirondelle est née en 1995 de la volonté de journalistes de créer des médias indépendants en zones de crises. Elle a pour mission de contribuer à la paix par la dissipation des rumeurs et l’atténuation de l’effet des propagandes, dans le but de vivre dans des sociétés citoyennes. Selon elle, la presse indépendante a un rôle fondamental à jouer dans les régimes autoritaires et non démocratiques. Elle milite donc pour une information impartiale, rigoureuse et professionnelle.
Son réseau comprend une agence de presse auprès du Tribunal pénal international d’Arusha en Tanzanie et cinq radios : Star Radio au Libéria, Radio Okapi en République démocratique du Congo, Miraya FM au Soudan, Cotton Tree News en Sierra Leone, et Ndeke Luka en Centrafrique. Ses financements proviennent de dons privés et de subventions publiques d’États européens, de l’Union européenne, des États-Unis, du Canada et du Japon. Elle travaille en collaboration avec le Haut Commissariat des Nations Unies, l’Unesco, le CICR, la Fondation Internationale pour les Systèmes électoraux et le PNUD.
Pour en savoir plus :
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tous juste pour dire ke , j’adore la radio ndeke luka , quand j’etais à bgui , je suis sa tous les jours ; j’aime les emission commes la parole au jeune, les informations :et je profite de aussi de dire bien des chose a la famille :NGONI au citè kamach , la famille YAGUEMA et surtout bien de chose a hypolite MARBOUA.et tous mes amis de bgui:
c’est depuit MAROC!!!!!