Rencontre avec Geneviève Férone, Directrice du Développement durable chez Veolia
A l’occasion de la sortie de son livre « 2030, le krach écologique » nous avons rencontré Geneviève Férone, Directrice du Développement durable de Veolia Environnement. Elle nous fait part de sa vision du développement durable et des raisons que nous avons de croire en un avenir plus durable.
Qu’est-ce qui, dans votre parcours, vous a orienté vers le développement durable ?
« J’ai grandi en Afrique jusqu’à 17 ans (Maroc, Côte d’ivoire, Algérie) dans une communauté pluriculturelle. C’est peut-être ce spectacle quotidien et celui de la pauvreté qui m’ont donné l’envie de m’engager dans les grandes institutions internationales pour plus d’équité.
Ayant travaillé à l’Agence internationale de l’énergie, à l’OCDE direction environnement et au Haut commissariat aux réfugiés, j’ai touché aux trois piliers du développement durable, sans réellement le formuler de cette façon. »
Sur quels leviers peut-on agir pour faire avancer le développement durable ?
« L’argent est le nerf de la guerre, nous devons avoir une approche « cheval de Troie » avec le système économique et financier. Les actions ne doivent pas venir seulement du système caritatif mais aussi d’une politique institutionnelle qui inclut les plus grands investisseurs. Pour moi, le développement durable est une question de temporalité, pas de morale, au sens où nos instruments et nos modèles prennent seulement en compte le court terme et c’est là le problème. Il y a une prise de conscience que quelque chose ne tourne pas rond mais cela ne se concrétise pas forcément dans les actes. Il faut quasiment repenser cent ans de modèle basé sur le court terme et 2030 c’est proche !
Bref, nous sommes devant la nécessité d’instaurer une nouvelle gouvernance. Il sera plus facile de créer une rupture technologique que de s’entendre sur des choix communs et assumés. De par la place qu’elle occupe, la Chine a un rôle majeur à jouer pour inverser la tendance même si l’Europe a une influence que l’on pourrait qualifier de « morale ».
Les entreprises sont des acteurs stratégiques de cette évolution, d’autant qu’elles disposent désormais d’une information beaucoup plus complète au niveau du reporting environnemental et social. Ce notamment grâce aux agences de notation dont ARESE fut la première de ce type en France dans les années 90. »
Pourquoi la partie environnementale prend-elle le pas sur le volet social du développement durable ?
« Historiquement, le social est un terrain de lutte qui a déjà été investi. Avec l’apparition du capitalisme est apparu un contre-pouvoir, le marxisme. Le terrain social est plus familier, donc on ne le voit plus ! Il ne faut cependant pas oublier que les deux tiers de la population mondiale vivent sans standards sociaux et se sentent par conséquent peu concernés par les problèmes environnementaux. Leur nouvelle frontière à eux, c’est avant tout celle de la pauvreté.
Il y a autre chose au niveau du calcul de la rétribution du capital environnemental. On ne sait pas encore mesurer toutes les richesses naturelles. C’est un sujet relativement nouveau.
Cependant, en étant un peu cynique, le sujet n’est pas tant l’environnement, qui trouvera un point d’équilibre quoi que l’on fasse, mais la protection de l’homme. Le développement durable est donc un sujet avant tout social. »
Pourquoi votre livre fixe t-il une rupture en 2030 ?
« 2030, c’est la conjonction de plusieurs rendez-vous. Quand le GIEC nous parle de 2050, 2100, cela n’a aucun sens par rapport aux changements de civilisation à entreprendre. Même si la technologie invente des solutions, et elle le fera sans nul doute, il faudra les appliquer à six ou sept milliards d’individus. Or le temps ne s’achète pas, il faudra donc en passer par une étape de sobriété. Le capital énergétique nous a jeté dans une société de l’immédiat, du jetable. La ressource la plus rare, ce n’est ni le pétrole ni la sagesse, mais le temps. »
Faut-il faire peur pour inciter les individus à changer de comportement ?
« La gourmandise de l’apocalypse qui consiste à faire peur et ne rien proposer est irresponsable. Il faut secouer, donc être lucide mais inviter aussi tous les niveaux à participer. Par exemple, l’action que vous menez avec votre journal contribue à sensibiliser car le développement durable, c’est aussi une nouvelle culture. Je suis convaincue qu’il y a une bien plus grande attente et disponibilité de la part des citoyens que de celle des dirigeants. »
Quels sont les différents aspects de votre action de développement durable au sein de Veolia ?
« Les quatre métiers de Veolia sont les métiers du métabolisme essentiel : déchets, énergie, eau et transports. Ces métiers sont chacun essentiel à la vie. C’est important de travailler dans une entreprise qui fait sens.
Veolia est implantée sur les cinq continents, cela donne du poids à notre action en faveur du développement durable.
Il s’agit surtout d’alléger l’empreinte environnementale de nos clients. Pour cela, nous devons inventer des indicateurs communs et des modèles que l’on peut intégrer dans nos contrats partout dans le monde. S’il s’agit de participer à une nouvelle gouvernance cohérente sur l’accès aux services essentiels et le partage des ressources, en revanche il faut également l’adapter à la situation locale, à la législation, au cahier des charges du donneur d’ordre et au niveau d’urgence.
Nous travaillons aussi à l’élaboration d’un corps de doctrine plus homogène pour nos collaborateurs. Sur ce sujet, il y existe parfois une fracture générationnelle. Les jeunes entrent souvent dans notre entreprise avec de fortes convictions en ce domaine. Cela peut être moins vrai pour des professionnels expérimentés, plus intéressés par l’excellence technique que par la responsabilité environnementale. »
Avez-vous un message à délivrer pour la planète ?
« Il est trop tard pour être pessimiste. Il y a les germes d’une nouvelle civilisation à inventer. On doit tous se montrer à la hauteur de ce rendez-vous et franchement c’est beaucoup plus stimulant que déprimant. »
Propos recueillis par Olivier Moulergues et Michel Taube
Geneviève Férone présente son livre « Le krach écologique »
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