Festivals : le développement durable en tournée…
Les festivals de musique de l’été pour s’évader, rencontrer et échanger, quoi de plus naturel ? Surtout quand ces mêmes festivals s’engagent pour le respect de l’environnement. Rencontre avec Yann Rivoal, ancien directeur des Vieilles charrues, créateur de Culture Park, entreprise de conseil et d’accompagnement de projets culturels et sélection des festivals les plus en pointe en matière de développement durable.
A quand remonte la prise de conscience des organisateurs de festivals de musique par rapport au respect de la planète ?
« Je crois que pour de nombreux festivals, notamment ceux de plein air qui se déroulent dans des espaces naturels, il existe depuis très longtemps le souhait de préserver l’environnement.
En fonction de l’ancienneté de chaque festival, de son stade d’évolution et d’expertise, les actions se sont renforcées depuis le début des années 2000 et de manière plus généralisée depuis 3 à 5 ans. »
La taille des festivals influence t-elle le respect de l’environnement et les économies d’énergies ?
« Ce n’est pas la taille du festival qui est déterminante mais plutôt les convictions des dirigeants et la forme du festival. Dans des champs sans raccordement au réseau électrique ou à l’eau potable et usée, on doit tout mettre en place. On est alors amené à se poser plus de questions sur l’empreinte laissée par ces installations temporaires. Si au contraire, le festival se déroule dans une salle de spectacle en zone urbaine, on se pose moins rapidement la question de la provenance de l’énergie et des consommations d’eau. »
Quels types de mesures sont les plus souvent mises en œuvre ?
« Le domaine le plus largement abordé actuellement est celui de la réduction des déchets et du tri sélectif. Les festivals sont de gros générateurs de déchets, notamment du fait des consommations alimentaires. Un très net progrès a été apporté par la mise en place des gobelets consignés réutilisables. Ce système est en train de se généraliser sur les festivals français depuis 2 à 3 ans. Il convient cependant de mettre en place un système équivalent pour la restauration.
L’autre domaine traité par de nombreux festivals, en lien avec les collectivités territoriales, est celui des transports collectifs. C’est à la fois une solution plus écologique que les véhicules individuels et une mesure de prévention routière. Cela permet également de diminuer les stationnements et l’engorgement des axes routiers.
De plus en plus de festivals s’engagent dans la maîtrise et la réduction des consommations énergétiques et d’eau potable. A la fois par engagement écologique, mais aussi parce que le modèle économique des festivals est de plus en plus tendu du fait de la flambée des cachets artistiques.
Une attention particulière est également portée à la nourriture tant du public que des équipes et des artistes. On trouve fréquemment des repas bio et/ou des plats privilégiant l’approvisionnement en circuit court auprès de producteurs locaux. Des stands proposent des produits issus du commerce équitable.
Enfin, les toilettes sèches commencent à gagner lentement du terrain. Je suis convaincu que ces sanitaires sont les plus adaptés. Il est vrai que la filière de retraitement de ces déchets commence seulement à s’organiser. Cela peut-être un frein au développement de cette solution radicalement plus écologique et performante. »
Y a-t-il des expériences originales ?
« Oui, bien sûr. Il y a des tentatives d’alimentation des scènes par des énergies renouvelables telles que le solaire ou l’éolien. Il y a également des festivals qui calculent leur bilan carbone et compensent leur émission de CO2.
On peut également noter plusieurs initiatives de travail en commun sur le sujet du développement durable. Ainsi, à l’initiative des Transmusicales et des Vieilles Charrues, six festivals bretons se sont associés dès 2006. Cela a abouti à la rédaction d’une « Charte des festivals engagés pour le développement durable et solidaire en Bretagne ». Le cercle de départ est aujourd’hui en train de s’élargir. (Voir article et charte sur site de l’IRMA http://www.irma.asso.fr/Charte-des-festivals-engages-pour ). Autre exemple, la Fédération internationale de festivals « De Concert! » (http://www.deconcert.org/) où les expériences environnementales mais aussi artistiques sont partagées afin de favoriser les projets en commun. »
Y a-t-il des festivals qui combinent environnement et solidarité, citoyenneté et développement durable ?
« A mon avis, il faut distinguer les mesures écologiques d’une véritable démarche développement durable. La plupart des festivals, portés par le mouvement associatif, se sont aujourd’hui engagés dans une démarche éco-responsable. Ils sont moins nombreux à avoir développé une politique globale de développement durable. Je peux tout de même citer les Eurockéennes de Belfort, les Transmusicales de Rennes ou le Paléo Festival en Suisse Romande.
Il y en a aussi un que je connais bien pour l’avoir dirigé pendant 7 ans : le Festival des Vieilles Charrues. Ce festival est un emblème pour la Bretagne intérieure qui a connu pas mal de difficultés au cours des 50 dernières années. Implanté à Carhaix, 8000 habitants, ce festival fait la fierté des habitants du territoire. Il a permis de rompre avec la résignation et de prouver que de grandes choses étaient possibles si l’on savait jouer sur les forces de ce territoire. L’une d’entre elles est l’implication de plus de 5000 bénévoles. En retour, le festival distribue une partie de ses recettes aux associations du territoire. Il finance aussi des équipements collectifs. Au moment où je dirigeais le festival, nous avions également mis en place des actions écologiques (diminution des déchets, diminution des consommations d’eau et d’énergie), économiques (Fédération du tissu des TPE et PME de la région), sociales (accessibilité aux personnes handicapées, prix bas, intégration des jeunes comme acteurs du festival) et culturelles (soutien aux jeunes artistes, accueil d’artistes en résidence, soutien à la création, extension des propositions artistiques à la population locale en dehors du festival), etc. »
Le respect du développement durable est-il, selon vous, un critère de choix de certains artistes pour venir se produire dans tel ou tel festival ? Et de la part du public ?
« Pour le moment, en ce qui concerne les artistes, ce n’est clairement pas le cas. Il peut exister des exceptions mais cela reste des cas très isolés. Le public, lui, est sensible au positionnement des festivals en la matière. Cependant, il ne faut pas oublier que la programmation et l’état d’esprit du festival restent les éléments décisifs du déplacement des spectateurs. Je pense que cela va évoluer dans les prochaines années. Sans que la politique de développement durable soit l’élément déclenchant, l’absence de mesures en la matière pourrait amener le public à sanctionner un festival. »
Y a-t-il des artistes clairement positionnés DD ?
« Il y en a qui s’en revendique, mais je suis parfois dubitatif au vu des incohérences et des écarts entre le discours et la réalité. Ainsi Radiohead, lors de leur dernière tournée, a beaucoup communiqué sur le sujet. Ils ont travaillé à des plans d’éclairage de scène beaucoup moins gourmands en énergie et privilégié des festivals en centre-ville pour favoriser au maximum les transports en commun. Les journalistes ont été invités à se rendre à leur conférence de presse parisienne à vélo. Je suis un peu plus en désaccord avec leur démarche quand le concert est vendu plus de 400 000 euros sans distinction entre un festival associatif avec un billet raisonnable aux alentours de 30-35 euros et un événement adossé à une société commerciale qui va proposer des billets à 80 euros.
Tryo a aujourd’hui une démarche volontariste sur le sujet mais je pense qu’elle est encore incomplète. Mais laissons-leur le temps de progresser.
D’autres artistes s’impliquent sur le sujet sans pour autant communiquer. Certains, par exemple, s’intéressent aux démarches des festivals, d’autres soutiennent des associations actives dans le domaine de l’environnement, enfin certains tel Manu Chao, plafonnent le prix des places à leur spectacle ».
Propos recueillis par Michel Taube
Une sélection des festivals les plus verts des mois prochains…
- Festival Interceltique de Lorient / 31 juillet au 9 aout / http://www.festival-interceltique.com/
- Les Méditerranéennes / Leucate / 5, 6 & 7 août / http://www.azimuthprod.com/med08/
- Cabaret Vert / Charleville Mézières / 28, 29 & 30 août / http://www.cabaretvert.com/
- Marsatac / Marseille / 24, 25 & 26 septembre / http://www.marsatac.com/
- Festival du Vent / Calvi / 28 octobre au 1er novembre / http://www.lefestivalduvent.com/
Les déchets font leur festival
La musique adoucit les mœurs, contribuera t-elle à améliorer le tri sélectif ? C’est en tout cas le pari de Les Connexions, association d’éducation populaire qui aide à l’organisation du tri sélectif sur les évènements.
La preuve par l’exemple
Partant du constat que les festivals musicaux sont des lieux où l’on jette plus que la moyenne, Les Connexions profitent de l’occasion festive pour aider à faire le tri (sélectif). Pour cela, les connectés construisent des « Totems », c’est-à-dire des panneaux explicatifs placés au dessus des différentes poubelles pour en indiquer le contenu recyclable ou pas. Un centre de tri mobile dévoile en direct, le destin de nos poubelles. Composé de différentes remorques dont un tapis roulant de tri, le convoi sillonne les campings des festivaliers. Bien loin d’inciter le public à la paresse, la preuve par l’exemple provoque de la curiosité et, espérons-le, le passage à l’acte.
Des animations « à la carte »
Selon les demandes des organisateurs, les animations diffèrent d’un lieu à l’autre. Des stands plus classiques, avec affiches, documentation sur la gestion des déchets et exposition d’objets fabriqués à partir de matériaux recyclés peuvent se tenir. Des formations permettent aux organisateurs de planifier leur tri sélectif de manière autonome.
La liste complète des évènements où Les Connexions sont présentes sur leur site : http://www.lesconnexions.org/


















7 ans de direction des vieilles charrues sans pour autant avoir convaincu les dirigeants actuels d’utiliser les gobelets consignés réutilisables ! quels sont de leur part, les arguments avancés ? J’aimerais connaitre le pour et le contre. Fred
Bonjour Fred,
Je regrette comme vous que le festival n’ait pas opté pour cette solution que j’avais préconisée avant mon départ. Pour connaître les raisons de cette position, je vous suggère de vous adresser aux responsables actuels du festival.
Yann Rivoal
beaucoup appris