Le combat de l’air intérieur
Andrée Buchmann, conseillère régionale et vice-présidente de la communauté urbaine de Strasbourg est présidente de l’Observatoire de la qualité de l’air intérieur (OQAI (*)), organisme chargé par le gouvernement de l’état des lieux de l’air que nous respirons à l’intérieur. Elle répond à nos interrogations sur les enjeux d’un air intérieur de qualité.
Quelle est la spécificité de la question de l’air intérieur par rapport à celle de la pollution atmosphérique ?
« Il est plus facile de mesurer la pollution de l’air extérieur qui ne concerne que quelques polluants provenant de sources réduites que de s’attaquer à la contamination de l’air intérieur qui met en jeu de nombreuses substances en interaction les unes avec les autres. La première difficulté est donc d’ordre méthodologique. On ne trouve que ce que l’on cherche.
La différence est aussi du domaine du Symbolique. On se sent plus protégé chez soi que dans la rue. Le domicile est un lieu-refuge. Les produits d’entretien et de décoration responsables de l’émission des composés organiques volatils (COV), représentent le Propre et sont donc plus difficiles à remettre en cause que les gaz d’échappement dont la nocivité est une évidence. »
D’où vient l’idée de créer un Observatoire de la qualité de l’air intérieur ?
« C’est à la fois une demande de la part des professionnels de santé qui ont constaté une augmentation par deux des allergies en vingt ans, du secteur du bâtiment et des différents ministères concernés dont celui de Santé.
Sa première action a été de mener une vaste enquête nationale sur l’état de l’air intérieur dans les résidences principales, qui a été progressivement étendue au milieu scolaire. A cette occasion, le formaldéhyde, un cancérigène avéré, est apparu comme un hôte omniprésent de nos quotidiens. Il nous manque encore des données systématiques sur l’air intérieur dans les bureaux. »
La situation a-t-elle empiré ?
« Le choc pétrolier et les préoccupations écologiques ont conduit à une meilleure isolation des « boîtes à vivre » que sont nos habitations et bureaux, cela a par la même occasion, accru le confinement et la concentration de polluants.
Depuis la création en 2001 de l’Observatoire de la qualité de l’air intérieur, les comportements ont évolué : on aère plus, on essaie d’utiliser moins de détergents et produits chimiques dans nos intérieurs. Nous manquons cependant de recul pour disposer de données chiffrées sur ces changements de mentalité. »
La France a-t-elle une position « à part » en Europe ?
« Les autres pays sont très intéressés par nos études nationales qui réunissent des données à l’échelle nationale ce qui est un véritable progrès.
Au niveau des pratiques, nous sommes un peu plus en retrait. Les pays scandinaves s’illustrent par leur forte aération des locaux. Parmi eux, le Danemark a franchi une étape supplémentaire avec l’interdiction du formaldéhyde dans les écoles. »
Vos responsabilités à la tête de l’Observatoire de l’air intérieur rejoignent votre engagement en faveur de l’écologie ?
« Pour moi, l’écologie doit être la moins idéologisée possible. Elle doit inviter à être autonome par rapport à son entourage pour être le moins manipulable possible. L’Observatoire de la qualité de l’air intérieur est là pour donner des outils aux gens. »
(*) www.air-interieur.org
Missionné par les Pouvoirs Publics, l’Observatoire de la qualité de l’air intérieur a pour enjeu de mieux connaître la pollution intérieure, ses origines et ses dangers, notamment grâce à des campagnes de mesures, et d’apporter des solutions adaptées à sa prévention et à son contrôle : sensibilisation des professionnels, information du grand public, évolution de la réglementation, etc.
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