Costa-Rica, le bon élève du développement durable

L’Ecozac de Rungis, laboratoire de la ville écologique

Un quartier sans voitures où les bâtiments ne consomment que peu d’énergie et d’eau ? L’Ecozac de Rungis a relevé le défi. Rencontre avec Florence Lamblin, adjointe au maire du XIII° arrondissement de Paris, chargée du développement durable, de l’environnement et du Plan climat.

ecozacEn quoi l’Ecozac de Rungis est-elle exemplaire ?

« C’est le premier éco-quartier français en cours de réalisation, les autres étant encore des projets. En 2005, la ZAC (Zone d’activité concertée) de Rungis initiée en 2002, est devenue une « Ecozac » grâce à la motivation d’associations. La présence d’un espace vierge de 3 hectares à Paris à proximité du tramway sur les anciens coteaux de la Bièvre, au cœur du Quartier Vert Peupliers était une vraie opportunité. Une plateforme « Les amis de l’Ecozac de Rungis » a donc été crée à l’initiative de Philippe Bovet. Soutenue par Hubert Reeves, Greenpeace, le WWF, Negawatt et d’autres, son but était de faire de la pédagogie auprès des élus et des habitants sur ce qu’est un éco-quartier. Finalement, ce « lobbying » a porté ses fruits puisque la Mairie du 13e a souhaité modifier les orientations du projet. Une démarche développement durable a donc été adoptée à partir du référenciel européen HQE 2 R qui fixe des objectifs en matière d’aménagement durable et pas seulement de bâtiment. »

Comment la future ZAC de Rungis réduira t-elle sa consommation d’énergie ?

« La consommation moyenne d’énergie sur l’ensemble de la Zac est fixée à 50 Kw/m²/an  bien en dessous de la moyenne du résidentiel français qui atteint 240 Kw/m²/an. Cela correspond aux objectifs du Plan Climat voté en 2007 par le Conseil de Paris. Reste à s’assurer que ce plafond sera respecté car ce n’est pas une obligation bâtiment par bâtiment mais un objectif global.
Le stationnement est limité. Il n’y a que 50 parkings prévus pour l’immeuble de bureaux de 20 000m². Un système d’auto-partage sera mis en place. La circulation est principalement dédiée aux modes de transport doux : vélo et marche. »

Les activités sur le site seront-elles diversifiées ?

« Oui, il y aura à terme des logements pour étudiants-chercheurs, des équipements (un établissement pour personnes âgées, une crèche, un centre social), un bâtiment de bureaux et un jardin au centre du terrain . »

Les éco-quartiers sont-ils des « ghettos pour bobos » ?

« Il est vrai que les premiers éco-quartiers qui ont été créés en Europe du Nord comme Fribourg en Allemagne (1994) sont très homogènes socialement et politiquement. On peut le regretter mais, cela leur a permis d’aller très loin dans le domaine des transports et de l’énergie. Cela ne veut pas dire que l’environnemental et le social soient opposés. Rien n’empêche de faire des éco-quartiers qui conjuguent environnement et mixité sociale. Le quartier de Rieselfeld, toujours à Fribourg en est un bon exemple. C’est juste une question de volonté politique. En matière d’éco-quartiers, la France a un retard de plus de dix ans ! »

Quelles sont les autres réalisations importantes dans ce domaine à Paris ?

 » Un ensemble urbanistique conçu dés le départ selon les principes du développement durable : la ZAC Pajol dans le nord de la capitale va recourir massivement aux énergies renouvelable et en particulier au solaire photovoltaïque.
L’aménagement durable ce n’est pas que le neuf, il existe aussi un très ambitieux programme de rénovation dans le quartier Frequel-Fontarabie dans le XX° arrondissement. »

Ces différents projets d’urbanisme durable sont-ils révélateurs d’un Paris plus écologique ?

« Tous ces projets sont des expérimentations intéressantes qui montrent que concevoir une ville écologique est possible. Ils ne doivent cependant pas masquer d’autres projets beaucoup moins écologiques de la ville de Paris comme les projets de bâtiments de très grande hauteur. Les tours ne sont pas écologiques, elles coûtent cher à construire et à entretenir, consomment plus d’énergie, et économiquement, est-ce le bon choix en cette période de crise ? A Massena dans le 13e, on ne parle plus d’eco-quartier, on a affaire à un projet d’urbanisme entièrement dédié à la hauteur. Pourquoi s’obstiner à reproduire les schémas éculés d’il y a un siècle? »

Propos recueillis par Olivier Moulergues

2 commentaires

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  1. Bonjour,
    Le plus remarquable dans votre projet est le coté participatif. Je pense qu’au regard des dispositions réglementaires, le coté écologique de l’aménagement va automatiquement se renforcer. En revanche, nous sommes encore loin d’une gouvernance équilibrée et d’une réflexion globale sur les enjeux sociaux et économiques à l’échelle d’un quartier.
    Bonne continuation!

  2. Bonjour
    vous signalez la démarche HQE2R pour concevoir des projets de quartiers durables et, en tant que coordinateur du projet européen qui a abouti à l’élaboration de cette démarche et de ses nombreux outils, je serais très intéressée d’avoir de plus amples informations sur la façon dont vous avez utilisé cette démarche ou certains de ses outils.

    De même nous aimerions savoir si notre ouvrage Développement durable et renouvellement urbain: des outils opérationnels pour améliorer la qualité de vie dans nos quartiers (L’Harmattan, 2006) qui présente notamment une finalisation de la démarche HQE2R et de ses outils en fonction du contexte national français a pu vous être utile (notamment sur les démarches de participation des habitants ou sur l’évaluation des projets).

    Par ailleurs nous continuons à faire vivre et évoluer certains des outils de la démarche HQE2R et notamment le modèle INDI. Nous avons publié un ouvrage aux Editions du Moniteur intitulé L’Urnanisme durable: concevoir un écoquartier débur 2009 et nous publions ce mois d’octobre chez Eyrolles un ouvrage très opérationnel intitulé Ecoquartier mode d’emploi avec une version actualisée du modèle INDI.

    Enfin nous mettons en ligne sur le site de l’association SUDEN pour la promotion du développement urbain durable créée par les partenaires du projet HQE2R de nombreux documents que nous vous invitons à consulter (www.suden.org ).

    Dans l’espoir de vous lire prochainement (ccv@wanadoo.fr)
    Cordialement
    Catherine Charlot-Valdieu

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