Une politique au naturel

Rencontre au milieu des ruches du Grand Palais avec Chantal Jouanno, secrétaire d’Etat à l’Ecologie.

jouanno-ruche1Le développement durable est-il populaire ?

C’est un combat forcément populaire, car il touche à l’essence même de notre société : il faut changer tous nos modes de vie, de consommation. Pour y arriver, la contrainte et la technique n’y suffiront pas : nos concitoyens doivent s’en saisir par goût, par plaisir, par leur volonté. Si cela n’est pas populaire, on ira dans le mur.
Pour y arriver, il nous faut de grands événements mobilisateurs, un peu festifs : par exemple, pour 2010, Année de la biodiversité, je propose que chaque Français participe à l’inventaire de la biodiversité en France, dans sa commune, près de chez lui, et sous la coordination du Muséum national d’histoire naturelle.
C’est à nous de rendre populaire l’écologie : avec le bonus malus, par exemple, vous avez le choix ! L’Etat investit massivement depuis deux ans pour développer des alternatives. C’est le droit à l’alternative, à vivre de manière écologique.

Un droit ou un devoir ?

Un droit pour chacun et un devoir à l’égard de nos enfants. Le droit à un véhicule électrique, à des produits issus de l’agriculture biologique, un droit de faire isoler sa maison avec éco-prêt à taux zéro, un droit d’utiliser plus de lignes TGV et de trams. Le Grenelle n’a que deux ans, ne l’oublions pas. Mais notre ambition est irréversible : faire changer l’ensemble de la société.

Vous parlez plus d’écologie que de développement durable…

J’aime le mot écologie qui veut dire « oikos-logos », la connaissance de notre maison. C’est la planète Terre et les habitants qui la peuplent. Notre maison est faite de questions environnementales, mais aussi économiques et sociétales. L’écologie parle aux gens, tout en étant plus précise.

Lorsque que l’on sait que les fournitures scolaires écologiques valent par exemple le double des conventionnelles, le développement durable est-il si démocratique?

Pas toujours le double, mais c’est sûr que on n’a toujours pas une offre démocratisée de produits bio ou éco-labellisés en général. Avec Hervé Novelli, je réunis prochainement une table ronde des acteurs de la grande distribution pour qu’ils fassent un effort particulier sur ce sujet. Il n’est pas normal que nos enfants n’aient pas accès à ces produits bons pour la planète donc pour nos enfants.
Les enfants sont parmi mes priorités avec l’interdiction du téléphone portable et de la publicité jusqu’au collège et la surveillance de la qualité de l’air dans les écoles.

Octobre, c’est la Semaine du goût. Où en est la France avec le bio ?

La France, c’est la gastronomie, l’art de la table. Il n’est pas normal que dans un grand pays comme le nôtre, nous soyons obligés d’importer des produits bio (on ne va pas faire du CO2 avec le bio, tout de même). Nous avons lancé un grand plan pour développer nos surfaces agricoles bio jusqu’à 6% en 2012 (contre 2% aujourd’hui, NDLR). L’avenir sera à une agriculture de proximité et à des produits de qualité dont les prix baisseront avec l’augmentation de la demande. Avec un environnement et un goût sauvegardés !

Où en est le Grenelle sur le plan législatif ?

Le Grenelle 1 a été adopté à la quasi unanimité en juillet par le Parlement. Les objectifs sont désormais définis. Maintenant, le Grenelle 2, les outils, les mesures concrètes, sont en discussion au Sénat. L’Assemblée nationale en sera saisie avant la fin de l’année : 102 articles, 173 pages, un nouveau grand débat public ponctueront les choix de société que nous proposons aux Français.

Qu’attendez-vous de Copenhague ?

Je ne crois pas aux oracles qui prédisent un échec : tant qu’on n’a pas perdu, on est un gagnant potentiel. Un sommet intermédiaire aura lieu avant décembre pour accélérer les choses. Les objectifs sont clairs : que les Etats réduisent fortement leurs émissions de gaz à effet de serre et qu’ils s’engagent à financer des actions dans les pays les moins avancés. D’où la proposition du président de la République d’un Fonds mondial, alimenté par le marché du carbone et par la taxe sur les transactions financières. L’idée d’une Organisation Mondiale de l’Environnement progresse également car il faudra bien une organisation pour contrôler la mise en œuvre de l’accord que l’on trouvera à Copenhague. Enfin, on n’a pas assez relevé l’importance de la déclaration des Chinois qui s’engagent désormais très fortement à réduire leurs émissions de CO2.

Propos recueillis par Yves Leers et Michel Taube

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