Chauffer Paris avec des renouvelables ?
Plus grand réseau français de chauffage urbain et un des plus grands au monde avec 460.000 éq/ logements desservis – 45 % de logements, 22 % de bureaux -, la capitale se tourne désormais vers les énergies renouvelables pour chauffer le quart de ses habitants. La CPCU (Compagnie parisienne de chauffage urbain), qui gère le réseau en délégation de service public depuis plus de 80 ans, s’est fixée un objectif de 60 % d’énergies renouvelables et de récupération vers 2015 – actuellement 46 % (moyenne 2002-2005) de la chaleur provient de l’incinération des ordures ménagères, le reste étant fourni par des énergies fossiles (gaz, fioul, charbon). Rencontre avec Jean-Christophe Allué, directeur général adjoint de la CPCU.
Energies renouvelables et chauffage urbain sont-ils compatibles ?
Le chauffage urbain permet de larges possibilités d’utilisation des énergies renouvelables. Cela rend possible des économies d’échelle, donc de rendre plus accessibles financièrement ces nouvelles technologies. Grâce à l’interconnexion du réseau, déficit et surplus peuvent être équilibrés plus facilement. On peut jouer sur un bouquet énergétique plus diversifié. Le réseau de chauffage urbain de la CPCU qui s’étend au-delà de Paris intra-muros – 12 % de la chaleur produite – est un lieu d’expérimentation de première importance.
Quel est le potentiel de la géothermie pour le chauffage collectif à Paris et en région parisienne ?
Le potentiel de la géothermie en Ile-de-France est important. Plusieurs communes du sud de la région sont déjà chauffées grâce à la géothermie (dont 5.000 logements à Melun et la maison d’arrêt de Fresnes, Meaux, Sucy en Brie, Chevilly-Larue…). Un concours de 11 millions d’euros au développement de la géothermie (*) a été adopté par la région. Au niveau de la CPCU, la géothermie devrait couvrir 2 à 3% des besoins à l’horizon 2015. Une grande installation comme celle actuellement en chantier porte d’Aubervilliers (représentant un investissement de 15 millions d’euros pour le forage et les équipements de surface, hors réseau de distribution) peut, à elle seule, assurer près de 1 % de la demande du réseau parisien.
Quels sont les inconvénients de la géothermie ?
La géothermie n’assure au maximum que 80 % des besoins en chauffage d’un logement collectif. Une énergie d’appoint est donc nécessaire. Inversement, la chaleur produite en été est perdue. L’installation doit en effet fonctionner en permanence pour éviter des problèmes de colmatage des canalisations. Avec le soutien financier de l’Agence Nationale pour la Recherche, la CPCU étudie avec des partenaires – ADEME, Institut français du pétrole, Bureau de recherches géologiques et minières, Ecole des Mines de Paris et Ecole des ingénieurs de la ville de Paris – des solutions pour stocker dans les nappes aquifères profondes, la chaleur produite pendant la période estivale. Le site pilote retenu est situé sur la commune d’Ivry sur Seine. Autre contrainte, la chaleur issue de la géothermie est basse-température. On ne peut l’utiliser que dans l’immédiate proximité du site d’exploitation et pour alimenter des bâtiments de conception adaptée à ce fluide. D’autre part, l’installation de cette technologie nécessite une forte emprise au sol pour le déroulement du chantier, d’où un investissement immobilier important au départ. L’amortissement est donc long : entre 20 et 30 ans.
Ou en sont les premiers chantiers ?
Porte d’Aubervilliers, deux puits de 1.800 m de profondeur ont été creusés pour pomper de l’eau chauffée à 58°C par les rayonnements terrestres. 12.000 éq/ logements au sein de ce nouveau quartier parisien seront ainsi chauffés. La CPCU prévoit deux autres installations : dans la ZAC des Batignolles dans le 17ème arrondissement – 5.000 éq/ logements et 5.000 m² de bureaux – et quai Saint-Exupéry dans le XVI°- 12.000 éq/logements et le stade Jean Bouin -.
L’utilisation de la biomasse vous semble t-elle prometteuse ?
La ressource en bois, moins connue mais prometteuse, permettrait quant à elle, de couvrir près de 7 % de la chaleur du réseau de chauffage urbain parisien. Une étude de l’ADEME de 2009 (*) estime à 50 % de la consommation des réseaux de chaleur, le potentiel de la biomasse sur la région francilienne. La sylviculture et les bois en fin de vie – déconstruction, chantier et encombrants – constituant les gisements les plus importants. Reste à organiser une filière de collecte et de retraitement adaptée. La CPCU planifie pour 2013 la construction d’une première chaufferie au niveau du port de Gennevilliers afin de faciliter le transport du combustible.
L’utilisation des sous-produits des stations d’épuration est-elle une autre piste viable ?
Certaines boues d’épuration résiduelles produites par les stations d’épuration des eaux usées pourraient alimenter des chaufferies. Ce combustible est déjà très largement utilisé pour les besoins internes des installations. Des sites très importants comme Achères, dans les Yvelines, sont largement excédentaires. Ils présentent cependant l’inconvénient d’être éloignés des lieux de consommation, mais se prêtent au transport fluvial de ce produit pour le rapprocher des lieux de valorisation possible. Ce système présente l’avantage de fournir de l’énergie pour chauffer en hiver et un produit d’épandage pour l’agriculture à partir du printemps. Nous attendons que des partenariats avec les grands opérateurs du secteur puissent être conclus.
Propos recueillis par Olivier Moulergues
Photos : forage géothermie Paris Nord Est, crédit © Isabelle PICAREL
(*) La région Ile-de-France a adopté en 2008 un « plan régional pour la géothermie en Ile de France dans l’habitat et le tertiaire » sur la période 2008 – 2013. Au total 12 nouveaux sites de production ont été identifiés à la suite d’une étude menée en 2005 par l’ADEME, l’ARENE et le BRGM.Ces nouveaux sites ainsi que des travaux de réhabilitation sur six sites existants, permettraient de chauffer l’équivalent de 60 000 logements.
(*) Schéma régional pour le développement de la filière biomasse énergie en Ile de France biomasse Comité stratégique du 7 avril 2009
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Avant d’aller voir du côté des énergies renouvelables, y’aurait-il moyen de baisser la consommation d’énergie (extinction automatique des lumières dans les administrations à partir d’une certaine heure par exemple). Nous avons beaucoup de progrès à faire de ce côté là …
Merci pour l’autorisation de publication de cet article.
@Ptit écolo: ce n’est pas la lumière dans les administrations qui consomme de l’énergie. Le principal poste dans les bâtiments, c’est le chauffage. Des efforts sont menés pour réduire la consommation (meilleure isolation des constructions), mais d’une part cela ne permettra pas d’atteindre une consommation nulle, d’autre part sur le parc de bâtiments existants, la marge de manoeuvre est limitée. Voilà pourquoi il est indispensable d’étudier les solutions de chauffage à partir d’énergies renouvelables.
Ah ! la dioxine des fumées d’incinérateurs + continuer à produire encore et toujours + de déchets, cette belle énergie renouvelable ! quelle intox surtout
http://www.frequenceterre.com/chroniques-environnement-220909-1321-Speciale-dechets-l-incineration-une-methode-a-surveiller-de-pres.html
et http://www.amisdelaterre.org/L-incineration-des-ordures.html