« Plus on est pauvre, moins on a accès à une énergie performante » Alain Guinebault, directeur du GERES
Lier accès à l’énergie, développement et environnement dans les pays en voie de développement, le combat quotidien du GERES (Groupement énergies renouvelables, environnement et solidarités) association fondée en 1976 au lendemain de la première grande crise pétrolière. Le GERES compte 180 salariés dans 10 pays y compris la France. Rencontre avec Alain Guinebault, directeur du GERES.
L’efficacité énergétique n’est-elle pas un luxe lorsque l’on manque de tout ?
Lorsqu’on dispose de très peu de moyens, on ne peut pas se permettre de gaspiller l’énergie. Or plus on est pauvre, moins on a accès à une énergie efficace, c’est-à-dire performante et économe. Les équipements les plus efficaces sont un luxe. Au regard de leur niveau de vie, les ménages les plus modestes ont un budget énergie beaucoup plus élevé que celui des classes aisées. On retrouve une telle situation aussi bien chez les populations les plus défavorisées en Occident que chez les populations des pays du Sud. Le coût de l’électricité est plus élevé dans les pays en développement que chez nous : près de 4 fois le prix français pour le Mali, par exemple !
Favoriser l’accès aux énergies « modernes » rime t-il avec écologie ?
La cuisson et le chauffage représentent une forte proportion de la consommation totale. Or cette énergie est tirée le plus souvent de la forêt ou des excréments d’animaux. La déforestation est une cause majeure de perte de biodiversité et d’émission de gaz à effet de serre. Brûler des fertilisants comme les bouses de vache prive le sol d’un engrais naturel. La difficulté d’accès à une énergie moderne, renouvelable et efficace a une répercussion directe sur les ressources naturelles, la biodiversité et le climat.
La situation est-elle la même partout ?
La situation est très différente à la ville ou à la campagne. Dans les campagnes, le bois est une ressource gratuite et immédiatement disponible. On l’utilise donc en priorité. En ville, la cuisson des aliments se fait au charbon de bois ou au gaz. Diminuer les conséquences environnementales de l’une ou de l’autre pratique ne peut pas se faire de la même manière.
La micro-entreprise est-elle une solution pour une énergie disponible et plus propre ?
En ville, on peut jouer sur la création d’entreprise et la diffusion commerciale – programme de cuiseurs économes au Cambodge, par exemple -. En rendant la production de charbon plus efficace, on baisse encore les coûts de revient et l’empreinte écologique du dispositif. Grâce aux économies réalisées sur l’achat du charbon, les innovations sont compétitives par rapport aux systèmes traditionnels. Ces projets peuvent ainsi devenir autonomes au bout de quelques années.
Il est plus difficile d’agir en milieu rural. Le bois est gratuit (même si les femmes et les enfants y consacrent de longues heures ), les populations sont faiblement monétarisées et introduire des innovations réduisant les consommations de bois nécessitent de travailler en parallèle sur l’amélioration de la situation économique des familles. D’autre part, il y a un problème juridique à régler. Les personnes qui y vivent sont rarement propriétaires de la terre agricole ou des forêts ce qui ne les incitent pas forcément à une gestion durable des terres.
Quelles sont les sources de financement du GERES ?
Notre budget est réparti de manière équilibrée entre financements publics – français et européens – et privés. Nous bénéficions de subvention pour les projets mais pas d’aide pour le fonctionnement.
Le financement – grâce à la compensation carbone (« CO2 solidaire ») et à la vente de droits d’émission – représente environ la moitié des apports privés. Nous avons décidé de mutualiser notre savoir-faire en initiant la création avec 8 autres ONG de Nexus, plateforme sur l’utilisation éthique de la finance carbone. Tous les projets ne génèrent cependant pas, à court-terme, suffisamment de crédits carbone par rapport à ce qu’ils coûtent. Chaque foyer amélioré au Cambodge génère 600 kg d’économie de CO₂ pour 20 € d’investissement mais le remplacement des éclairages à pile ou à batterie par un panneau solaire ne représente que 100 kg de CO₂ en moins par an pour 150 € de dépense.
Quels sont vos partenaires sur le terrain ?
Cela dépend beaucoup des pays où nous intervenons mais nous agissons toujours au niveau national. En Inde, par exemple, nos actions sur le terrain sont entièrement confiées à des ONG locales. Au Cambodge et au Bénin, nous transmettons des savoirs et une technologie à des partenaires. En Afghanistan, nous préférons agir seuls avec nos 40 collaborateurs. Notre but est de toucher le plus de bénéficiaires possibles avec les moyens qui nous sont donnés par nos bailleurs.
Propos recueillis par Olivier Moulergues



















Vous dîtes : « La cuisson et le chauffage représentent une forte proportion de la consommation totale. » Pourquoi ne pas promouvoir une énergie naturelle et gratuite : l’énergie solaire !
Et oui…on l’oubli systématiquement alors qu’elle est à a portée de tous me semble t-il…