Cambodge : Cuire en ménageant la forêt
Première dépense énergétique des pays les plus pauvres, la cuisson de la nourriture est aussi une cause majeure de déforestation et de pollution. Comment cuire sans détruire la forêt ? Le GERES (Groupe énergies renouvelables et solidarité(*) développe et diffuse depuis plus de 10 ans au Cambodge des cuiseurs domestiques plus économes en bois, les foyers améliorés. Une expérience précieuse écologiquement et humainement.
Une forêt cambodgienne pas dans son assiette
Au Cambodge, 80%* de l’énergie totale est fournie par la biomasse – une situation que la cuisson domestique au bois explique en grande partie -. 90 000* tonnes de charbon végétal – produit à partir de bois – sont utilisées chaque année pour alimenter la seule capitale, Phnom Penh. Selon l’association britannique Global Witness, le Cambodge aurait ainsi perdu 30% de sa forêt primaire entre 2000 et 2007. La faute aux grandes plantations – pour les bois précieux et le caoutchouc – mais aussi aux habitudes domestiques. Traditionnellement, la cuisson des aliments se fait dans un foyer en terre cuite, le Lao stove, alimenté au charbon de bois. Un système simple et bon marché mais qui gaspille près des trois-quarts de l’énergie dépensée.
Soucieux de concilier biodiversité et bien-être de la population, le GERES, avec l’aide de la Commission européenne, a lancé à partir de 1996, une étude sur les améliorations possibles du foyer traditionnel. A la clef, le lancement de nouveaux modèles très simples dont le « New Lao stove » en argile cuite comme auparavant mais avec un emplacement surélevé sur une grille pour le combustible. Une arrivée d’air supplémentaire qui permet d’obtenir un rendement 25 % plus efficace, selon les données du GERES. Résultat : une baisse autant de la consommation de charbon que des émissions de particules nocives pour les utilisateurs. Au total, 4 500 hectares de forêt épargnés – 400 000 t de bois – et une économie de plus de 300 000 t* de CO2 depuis 2003.
Un projet inscrit dans l’économie cambodgienne
Contrairement à d’autres projets humanitaires reposant uniquement sur les subventions, le projet de cuiseurs économes du GERES Cambodge est conçu comme une activité économique viable à long terme. Le GERES a assuré la conception et finance désormais la formation des artisans qui veulent se lancer. La suite est à la charge des entrepreneurs. 31 producteurs locaux fabriquent le New Lao Stove et en vivent. Confortablement d’ailleurs, puisque leurs revenus ont été multipliés par deux grâce au nouveau modèle, vendu plus cher. Plus onéreux au départ, le New Lao Stove est rentabilisé par l’utilisation moindre de charbon de bois. L’augmentation du coût des énergies fossiles, inaccessibles pour les plus pauvres, le rend d’autant plus compétitif. En attendant d’autres solutions utilisant l’énergie solaire, encore trop coûteuses.
Signe de maturité, la filière est désormais structurée en syndicat interprofessionnel – l’ICOPRODAC -. Un gage de qualité, de juste rémunération et de plus large promotion. Publicité et passages à la télévision nationale ont été mis à contribution pour faire connaître le nouveau produit écologique aux consommateurs cambodgiens. Une audace marketing payante, avec 800 000 foyers vendus depuis le début et 25 000 produits écoulés tous les mois. Un succès qui ne concerne cependant que les villes, les campagnes restant encore très largement attachées à leurs usages anciens et à l’utilisation du bois. Les innovations écologiques doivent aussi prendre en compte l’inertie culturelle…
Une intégration au marché mondial du carbone
Au-delà des bénéfices environnementaux et économiques apportés au Cambodge, le projet présente l’originalité d’être intégré au marché mondial du carbone depuis 2006. Les réductions d’émission de gaz à effet de serre générées par les foyers améliorés sont certifiées par un organisme accrédité par les Nations unies. Une première mondiale pour ce type d’initiative. Les entreprises et organismes peuvent donc, à ce titre, acheter des crédits carbone auprès du GERES. 95% des montants sont réinvestis au Cambodge, dans la formation, le marketing et les assurances pour développer le produit.
L’agence française de développement (AFD) – organisme français public d’aide au développement – compense de cette manière une partie de ses émissions de gaz à effet de serre. Une opportunité de financement supplémentaire mais aussi une incitation à faire toujours mieux, l’argent n’étant versé qu’en fonction des diminutions de gaz à effet de serre déjà obtenues. Une nouvelle voie pour un développement décarboné ? Les actions internationales du GERES sont de plus en plus intégrées dans les mécanismes de compensation volontaires et dans ceux fixés par le protocole de Kyoto.
http://geres.eu/fr/etudes/122-publi-etude-nls Etude sur dix ans d’expérience sur les foyers améliorés
(*) Basé à Aubagne, le GERES est une association à but non lucratif créée en 1976 qui s’engage pour préserver l’environnement (limiter les changements climatiques et préserver les ressources pour les générations futures) et améliorer les conditions de vie des populations (réduire les inégalités et la précarité énergétique)
(*) Chiffres ministère de l’industrie, des mines et de l’énergie du Cambodge
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