Comité Français pour la Solidarité Internationale
Chaque être humain a droit à une nourriture saine et suffisante. Pourtant, aujourd’hui encore, ce droit à l’alimentation, inscrit dans la déclaration universelle des droits de l’Homme, est massivement violé. Ainsi, plus de 854 millions de personnes souffrent de la faim à travers le monde alors que nous produisons assez de nourriture pour que chacun puisse manger à sa faim.
Créé en 1960, le Comité Français pour la Solidarité Internationale (CFSI) regroupe 26 organisations de solidarité internationale. ONG de développement, il s'est donné pour priorité de lutter durablement contre la faim, la pauvreté et les inégalités.
Le CFSI mène ainsi des actions dans trois domaines : «agriculture et alimentation», «économie sociale et solidaire», «société civile et participation». Il agit au Sud en soutenant la réalisation de programmes sur le terrain. En France et en Europe, il conduit des campagnes d’information et de mobilisation auprès des décideurs européens et de l’opinion publique française, à l’image de la campagne ALIMENTERRE. Lancée par le CFSI en 2000, elle vise ainsi à promouvoir la souveraineté alimentaire des pays du Sud et défend le droit à une agriculture familiale et durable.
Dans cette chronique bimensuelle, le CFSI présente alternativement des témoignages recueillis au Sud, des exemples illustrés de projets menés sur le terrain, des tribunes, ou encore des articles relayant l’actualité du CFSI, notamment la campagne ALIMENTERRE.
Pour plus d’informations sur les actions du CFSI.
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Payer plus pour manger moins
Ces derniers mois, les prix de l'alimentation ont explosé dans de nombreux pays. Avec un pouvoir d'achat quasi inexistant, les populations urbaines de Dakar ou de Port-au-Prince en sont venues à manifester pour exiger un droit fondamental : pouvoir se nourrir. Quelles conséquences à la hausse des prix des matières premières agricoles dans le quotidien des populations frappées par la crise alimentaire? Témoignage d’une Brazzavilloise.
Comme tous les vendredis, Françoise Bounsana est venue à la caisse de micro crédit de la CAPPED1, verser ses quelques économies de la semaine.
Enseignante retraitée, elle attend depuis maintenant quatre ans que sa carrière soit reconstituée afin de toucher sa pension. Depuis, pour assurer les dépenses du ménage, elle s’est muée en transformatrice alimentaire pour les marchés de Brazzaville. Jusqu’à présent, ses deux principales spécialités étaient le jus de gingembre et le yaourt.
Mais depuis le début de l’année, elle a dû abandonner la préparation et la vente de yaourt.
Mais depuis le début de l’année, elle a dû abandonner la préparation et la vente de yaourt. En effet, le sac de 25 kg de lait en poudre, principale matière première qui valait encore 60 000 francs CFA1 au 1er trimestre 2007, est passé à 100 000 francs CFA. Pour maintenir son bénéfice, elle devrait doubler son prix de vente et à ce tarif là, il n’y a plus d’acheteur. Elle pourrait aussi diminuer la portion, mais cela diminuerait d’autant son bénéfice.
Elle continue à préparer et ensacher le jus de gingembre, même si elle subit, là aussi, des hausses : le sucre, passé en un an de 23 000 à 30 000 francs CFA les 50 kg ; les sachets en plastique dont le prix a grimpé de 50 %.
Autre problème, le transport : pour se rendre au marché avec son stock, Madame Bounsana emprunte des petits bus de transport collectif. Certes, le prix d’accès, 150 francs CFA, n’a pas changé depuis plusieurs années. Mais, désormais, les transporteurs ont mis en place des «demi terrains», c'est-à-dire un système de correspondance qui oblige à payer deux, voire trois fois, l’accès au bus.
Résultat de tout cela : Madame Bounsana dispose de moins d’argent pour faire face aux dépenses quotidienne de la famille, cinq personnes qu’il faut nourrir quotidiennement. Soit que les prix augmentent, soit que les quantités baissent, s’approvisionner est désormais très difficile. Qu’on en juge.
Le poisson, moins cher que la viande, est très consommé en République du Congo. Un «tas» de trois ou quatre poissons d’eau douce fumés, pêchés dans le fleuve Congo, se vendait il y a encore un an à 1 000 francs CFA. Il est maintenant à 2 500 francs CFA. Madame Bounsana va en acheter moins et faire des parts plus congrues. Le prix du manioc a doublé (de 500 à 1 000 CFA pour l’alimentation quotidienne). Là aussi, il faut réduire les parts, ou alors acheter du foufou, la farine de manioc, dont le prix a aussi doublé et qui coûte aujourd’hui 150 CFA le quaker. Pour les cinq membres de la famille, la dépense quotidienne serait de 750 CFA, soit une économie de 250 CFA, mais les fils de Madame Bounsana se plaignent que le foufou tienne moins bien au ventre que le manioc ! Dernier produit de base, le pain. Jusqu’à présent, il n’a pas augmenté… Les boulangers ont trouvé un autre moyen de compenser la forte hausse du prix du blé importé : diminuer le poids du pain.
Payer plus pour manger moins, telle est aujourd’hui la situation des Brazzavillois.
Jean-Louis Vielajus,
Délégué général du CFSI
07.05.2008
© JLV
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