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Développement durable

La ferme, une usine à gaz! --> Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Toute l’année, elle produit électricité et chaleur. Une centrale nucléaire ? Non, une exploitation laitière ardennaise. Comme 4 000 fermes allemandes et seulement trois autres fermes françaises, le GAEC Oudet crée du biogaz à partir de déchets, lisier et résidus de culture. Recyclage énergétique.

biogaz.png De l’énergie, les trois acolytes n’en manquaient pas. Pourtant, depuis 2004, Sylvie Di Gracia Nicolas Delaporte, et Antoine Oudet se font complices d’un recyclage d’agent sale - le lisier - en énergie propre. Écoulée discrètement via le réseau électrique, et un réseau de chaleur destiné à leurs QG. Pour comprendre leurs agissements souterrains, la meilleure méthode est d’infiltrer le réseau.


La bouse maquillée en électricité

Ça commence par un dessous de « stab » (la stabulation, une étable ou circulent les animaux librement). Le lisier se déverse dans une pré-fosse. Tous les trois jours, Nicolas l’arrose de restes de céréales dont se décharge à l’amiable la coopérative locale. Puis il lance le mixeur pour noyer les indices. Deux fois par jour, sous couvert de traite des laitières, il suffit de lancer la pompe qui aspire le contenu de la fosse vers le digesteur. Une cuve sans oxygène, brassée, chauffée à 40°C par circulation d’eau chaude sur le fond et les parois. Pendant 50 jours, des bactéries anaérobies s’y développent. Ces minuscules « hommes de main » du Gaec Oudet font le sale boulot : digérer lisier et restes de céréales pour leur soutirer du biogaz, méthane, CH4, et CO2. Une fois digéré, le mélange densifié se déverse dans une fosse de stockage qui produit encore 15 % du biogaz.

Pourquoi fait-on peu de biogaz en France ?
En France, le prix de rachat de l’électricité par EDF est 4 à 5 fois moindre qu’en Allemagne. D’après Sylvain Double, ingénieur à Solagro, pour que la production de biogaz soit rentable, l’exploitation doit déjà être assez grande - 100 vaches, 100 truies, ou 500 porcs à engraisser. Il faut ensuite négocier le tarif d’élimination de déchets - à dégrader dans le lisier - depuis une collectivité (30€/t de tonte de gazon), ou un industriel agro-alimentaire à proximité (100€/t de graisse). La chaleur (40-45 % de l’énergie dégagée) peut être diffusée en réseaux de chaleur, pour le chauffage de serres ou de bâtiment collectif, le séchage de fourrage. Malgré ces valorisations, une installation française met 10 ans à être rentabilisée, contre 3-4 en Allemagne pour la seule électricité. Résultat : l’Allemagne monte 2 digesteurs par jour, contre 4 en 7 ans pour la France ! Même si une cinquantaine de projets sont à l’étude en France, l’Allemagne prévoit de produire la moitié de son électricité en biogaz agricole d’ici 2020
Premiers « bénéfs » : ce digestat est plus efficace sur les cultures ; épandu, il n’a pas d’odeur. Un point essentiel pour éviter de se faire repérer dans le village de Clavy-Warby, près de Charleville-Mézières. Mais au-dessus des fosses, les immenses chambres à air bombées trahissent la présence de gaz. Passé dans un tuyau, le gaz se refroidit dans le sol avant d’alimenter un moteur couplé à une génératrice. La manne électrique est directement envoyée à EDF, qui a longtemps rechigné à marcher dans leur combine (tarif bas, retards à répétition, lourdeurs administratives). Parallèlement, la chaleur du moteur alimente à la fois le digesteur et les systèmes de chauffage central personnels du Gaec, en contrebas. Ainsi, grâce aux subventions et à l’autoconstruction, le Gaec prévoit un retour sur investissement (200 000 euros) de six ans et demi.


Les parrains étaient allemands
Mais pourquoi braver les conventions dans une usine à gaz ? Les trois mousquetaires assument : «Nous étions un peu limite en stockage de lisier. On cherchait quelque chose de nouveau. Et surtout, hors-Pac ! Histoire de sortir de ce système étouffant, et en totale autonomie. Le mécanisme est superbe : on crée de l’électricité à partir de bouse de vache ! » Et finalement, pas si compliqué : « nous étions surpris de la simplicité d’emploi, nul besoin de formation spécifique » Visites d’installations, ingénieur conseil, matériel : c’est en Allemagne que les trois virtuoses du biogaz ont puisé leur inspiration. Et pour réguler la production de gaz par rapport à sa consommation, c’est l’expérience qui joue : « il faut surveiller le bon fonctionnement par les hublots, évaluer la production de gaz en observant le gonflement de la chambre à air, tout en évitant les changements brusques d’« alimentation ». L’été, il faut reprendre une grande partie du digestat pour servir de support liquide à la méthanisation… »

Pourquoi le biogaz est-il bon pour l’environnement ? C’est le carbone capté par les plantes qui se retrouve dans le lisier et les résidus, se transforme en méthane, puis brûle pour retourner dans l’air : le cycle du carbone est fermé, le bilan sur l’effet de serre est nul. Et le biogaz est une énergie renouvelable qui évite de pomper sur les énergies fossiles. De plus, ce système permet de diminuer les émissions de méthane volatilisé par les lisiers, un gaz au pouvoir réchauffant 21 fois plus fort que le CO2. Et en digérant le lisier, la méthanisation rend l’azote plus facilement assimilable par les plantes, donc plus efficace de 10 points, si c’est bien géré. Les économies d’engrais chimiques évitent le dégagement de NO2 (1/3 des émissions de gaz à effet de serre agricoles), et la pollution des nappes d’eau phréatiques.Mais au Gaec, l’économie parallèle pèche par manque de discrétion. « Nous recevons deux visites par semaine, surtout des non-agriculteurs… » Devant telle affluence, il va falloir redoubler d’énergie !

Raquel Hadida
03.04.2008


© Raquel Hadida
Cette photo illustre à la fois les productrices de lisier, les vaches, l'installation qui le transforme en biogaz, et les lignes électriques, qui récupèrent l'électricité produite à la ferme.



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