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JO : La flamme de la colère à Paris |
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La flamme olympique, allumée lundi midi à la Tour Eiffel, a fait le tour de la capitale dans le bruit et la fureur, avec un arsenal policier musclé de 3 000 hommes. Tous les militants des droits de l’homme s’étaient réunis pour dire leur colère face aux répressions observées en Chine et au Tibet.
 Les sportifs positivent
À l’initiative du Comité des athlètes de haut niveau, dirigé par David Douillet, les sportifs ont voulu prendre leurs distances face au flot de contestations qui est monté en France la semaine dernière. Ils ont voulu vanter les mérites de la sérénité en arborant un badge sur lequel on peut lire «Pour un monde meilleur».
Pour Stéphane Diagana, la responsabilité des JO incombe au CIO (Comité International Olympique) qui a décidé de choisir Pékin en 2001. «Le boycott est un choix politique qui n’appartient pas aux athlètes. On aurait aimé que cela se passe dans un contexte différent».
En résumé, ils se disent conscients de la «situation intolérable» en Chine, ils appellent au calme et au respect des athlètes pendant la préparation et les compétitions, tout en assurant qu’ils conserveront, bien sûr, leur liberté d’expression. C’est dans ce contexte que la flamme a été allumée à 12h35 au 1er étage de la Tour Eiffel, lundi, et a fait ses premiers mètres dans les mains de Stéphane Diagana. À cette heure, le CNOSF (Comité national olympique et sportif français) croise les doigts…
L’action symbolique de RSF à la Tour Eiffel
Robert Ménard, secrétaire général de Reporters sans frontières, ne voulait pas s’en tenir là. «Insuffisant», avait-il dit mercredi dernier lors de l’annonce du parcours de la flamme à Paris, promettant des actions ponctuelles dans la capitale, et invitant tous les Parisiens à porter le T-shirt noir sur lequel les anneaux olympiques ont été détournés en menottes. «M. Serandour, vous allez dans la plus grande prison du monde», avait-il dit au président de CNOSF. Chose promise, chose due. Des militants de RSF ont crié lundi leur colère dès midi et trois alpinistes ont réussi à déjouer les forces de l’ordre en escaladant le pilier nord de la Tour Eiffel pour déployer un drapeau géant de la campagne Pékin 2008.
Le mouvement tibétain réuni place du Trocadéro
Quelques mètres plus loin, de l’autre côté de la Seine, des milliers de personnes étaient venues soutenir la cause tibétaine. Les drapeaux étaient au rendez-vous. Les slogans aussi : «We want freedom», «We want justice», «Stop killing in Tibet». Sur l’estrade, Thupten Gyatso, président de la communauté tibétaine de France, rappelle que 140 personnes sont mortes à Lhassa depuis le 10 mars, et que plusieurs milliers de personnes ont été arrêtées. Les applaudissements fusent. Puis des victimes témoignent. Une jeune Tibétaine raconte qu’elle a été arrêtée à l’âge de 19 ans parce qu’elle participait à une manifestation pacifique pour l’indépendance du Tibet. En prison, elle a de nouveau été condamnée pour avoir écrit une chanson de résistance. Au total, elle a passé 12 ans dans les geôles tibétaines.
Autour d’elle, des Parisiens profitaient de leur liberté d’expression pour appeler au boycott complet des JO. «La dernière fois que je suis descendue dans la rue, c’était en 2002 pour faire barrage à Le Pen», explique Sylvie. «Aujourd’hui, je voulais manifester ma colère contre la répression du peuple tibétain». Plusieurs personnalités politiques avaient fait le chemin jusqu’au parvis des droits de l’homme. Pour Noël Mamère, «c’est une flamme de la honte qui vient de partir à Paris. Dans chaque ville, son parcours doit être un parcours du combattant. Il faut que les journalistes puissent se rendre au Tibet pour témoigner, il faut que les dissidents soient libérés».
Patrick Bloche, maire du XIème arrondissement parisien, renchérit: «Nos écharpes sont encore imprégnées des gaz lacrymogènes reçus devant l’ambassade chinoise, le 16 mars dernier. C’est ici, au Trocadéro, que les valeurs de l’olympisme sont réellement partagées ! Vive le Tibet libre !».
Un peu plus loin, la FIDH (Fédération internationale des droits de l’homme) avait préparé des ballons en forme d’œil et des banderoles «Keep your eyes open». Sa présidente appelle à la venue du Dalaï Lama en France. «Ce serait honteux que la patrie des droits de l’homme ne le reçoive pas, alors même qu’on fête les 60 ans de la Déclaration universelle des droits de l’homme cette année», affirme Souhayr Belhassen. Selon elle, la responsabilité repose sur les épaules des politiques et des sponsors des JO car «ce n’est pas aux athlètes de porter notre mauvaise conscience. Mais nous ne devons pas oublier qu’il y a eu 10 000 exécutions capitales en 2007 en Chine, que 4 000 enfants sont morts en travaillant dans les mines».
Hôtel de ville : altercations en attendant…
La flamme devait passer vers 15h devant la mairie de Paris. On l’attend toujours… Plusieurs centaines de personnes ont fait le pied de grue tout l’après-midi au pied de la banderole, que Bertrand Delanoë avait décidé de déployer sur la façade : «Paris défend les droits de l’homme partout dans le monde». Très vite, des Chinois venus crier leur joie des JO à Pékin se sont affrontés à des personnes soutenant la cause tibétaine, toutes nationalités confondues. Certains en sont venus aux mains et les CRS sont intervenus plusieurs fois pour séparer les deux camps. «J’ai dû cacher mon drapeau tibétain sous mon pull», raconte une Parisienne. «La police fouille les sacs. Mes amis n’ont pas pu rentrer sur la place de l’Hôtel de Ville à cause de ça !».
Comme la flamme ne vient pas, on commente les échauffourées… «C’est incroyable. Ils sont prêts à se foutre sur la gueule», regrette un vieil homme. Les avis sur les sportifs sont partagés: «Tu as vu leur badge? C’est insignifiant d’appeler à un monde meilleur dans une telle situation». «En même temps, ce n’est pas aux sportifs de porter ce combat. C’est triste pour eux»… Un groupe de jeunes militants continue inlassablement de crier «Libérez le Tibet!». Le parcours de la flamme a finalement été détourné pour éviter la place sous tension…
Arrivée au stade Charléty après un parcours écourté
Les 28 kilomètres prévus n’ont donc pas été parcourus. La flamme a même été protégée dans un bus à plusieurs reprises par les forces de police. Lorsqu’elle arrive vers 17h30, au stade Charléty, où l’attendent les sportifs et les représentants du CNOSF et du CIO, elle dégage une odeur de soufre au milieu des dragons chinois et des hôtesses en combinaison à l’effigie de Samsung, sponsor officiel des jeux. Jean-Claude Killy, représentant du CIO, a beau lire le message de son président Jacques Rogge affirmant «qu’il respecte les ONG et les groupes militants mais que le CIO n’est ni un groupe politique ni un groupe militant», on n’entend plus que les cris en faveur du Tibet qui continuent de percer aux abords du stade. Des cris qui s’élèvent déjà à San Francisco où la flamme arrive mercredi.
Stéphanie Senet
09.04.2008
© Stéphanie Senet
Pour plus d'informations:
www.tibet21.org
www.savetibet.org
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