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13 mai 2008
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La décroissance : une pensée à contre-courant --> Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Les 18 et 19 avril derniers, s’est tenue à Paris la première conférence scientifique internationale sur la «décroissance économique pour l’équité sociale et la soutenabilité écologique». Relativement méconnue en France, la décroissance est pourtant de plus en plus présente dans les discours politique et médiatique. Petit aperçu de ce qu’est – et ce que n’est pas – la décroissance, ce «mot-obus» destiné à remettre en cause une certaine pensée unique.


decroissance_ferraille.png «Est-il si universel et évident que les échanges soient réglés par l’argent, le salaire, la valeur d’échange, les prix, les ‘lois’ économiques ? D’où sortent toutes ces représentations devenues notre réalité quotidienne ? Quelle est leur histoire, quelle est leur genèse, où et comment sont-elles apparues ? Ce sont là des questions que peu de personnes posent… donc nous les posons, en nous inspirant de travaux d’anthropologues, d’historiens, de philosophes, voire d’économistes en rupture de ban.»

Avec les partisans de la décroissance, la pensée économiste dominante – cette «dictature de l’économisme» disent certains – est sérieusement mise à mal. Opposés, en effet, au «consensus mou» actuel, selon lequel la croissance économique est créatrice de richesses, d’emplois et d’améliorations du niveau de vie, les objecteurs de croissance nous invitent à revoir, en profondeur, nos propres modes de production et de consommation. Leur constat est particulièrement clair. S’appuyant notamment sur la thèse de l’économiste roumain Nicholas Georgescu-Roegen publiée en 1971, The Entropy Law and The Economic Process*, les «décroissants» soutiennent que l’augmentation de la production industrielle, ainsi que l’accroissement de l’offre de services, engendreront inévitablement à terme l’épuisement complet des ressources naturelles mondiales.

Une analyse qui est également partagée par le prestigieux Club de Rome (un groupe de réflexion composé de scientifiques et de décideurs), qui édita notamment dans les années 1970 deux rapports restés célèbres (Halte à la croissance? en 1972 et Sortir de l’ère du gaspillage en 1974) soulignant alors, pour la première fois de manière officielle, les problèmes écologiques que pose la croissance économique au niveau planétaire.


Simplicité volontaire

Pour les défenseurs de la décroissance, le productivisme des sociétés industrialisées est nécessairement porteur de nombreux maux, à la fois d’ordre environnemental (raréfaction du pétrole, du gaz, de l’uranium, du charbon, du cuivre, de l’acier, etc.), sanitaire (augmentation des malformations, des cancers, etc.) mais aussi social (inégalités, injustices, etc.). Pour contrer ce «fléau», les objecteurs de croissance encouragent alors plusieurs initiatives individuelles et collectives basées sur ce qu’ils nomment la «simplicité volontaire». C’est-à-dire l’adoption de ces «petits gestes» qui garantissent une consommation équitable et responsable (il s’agit, par exemple, de limiter les déperditions énergétiques de la maison, de favoriser le commerce de proximité, etc.). Ce «comportement citoyen» tendra alors à diminuer la production des biens matériels ainsi que notre empreinte écologique, ce mode de vie posant alors comme préalable de «décoloniser l’imaginaire collectif» de l’idée que la croissance économique est un processus naturel sur lequel les individus n’ont aucune emprise.

Même si par ces aspects, la décroissance s’apparente au concept de développement durable, il n’en est rien. Au grand dam des partisans de la décroissance, en effet, le développement durable cherche avant tout à concilier deux postures qu’ils jugent incompatibles : la croissance économique et le respect de l’environnement. Selon eux toujours, le développement durable ne serait qu’un vernis pour repeindre «en vert» le système capitaliste actuel, générateur de désastres écologiques. En France, la décroissance n’a pénétré l’espace public que très récemment, avec notamment l’apparition, au seuil des années 2000, de nombreux journaux et revues qui lui sont consacrés (La Décroissance, S!lence, Entropia, etc.). C’est ainsi que cette nouvelle pensée de la décroissance, qui a au moins le mérite de poser les termes d’un débat nécessairement fructueux, est portée par de nombreux collectifs et plusieurs structures. Un Parti Pour la Décroissance a même été créé en 2005 et des marches sont régulièrement organisées par des groupes de militants.


Pour poser le débat
Audacieuse sur le plan intellectuel, la décroissance n’est alors pas épargnée par les critiques. La plus classique d’entre elles rappelle que la croissance économique est intrinsèquement bienfaisante et qu’elle permet progressivement l’égalité et la stabilité sociales.

Par ailleurs, les détracteurs de la décroissance soutiennent également que les progrès scientifiques et techniques résoudront rapidement les problèmes écologiques qui surviennent aujourd’hui (émissions de CO2, limitation des ressources énergétiques, etc.).

Enfin, l’une des critiques les plus vives, et les plus redondantes aussi, portées à l’encontre de la décroissance est que celle-ci représenterait un périlleux retour en arrière. Une vision «manichéenne» et quelque peu réductrice que rejettent bien sûr en bloc les objecteurs de croissance.

Toutes ces critiques, et bien d’autres encore, tendent alors néanmoins à montrer le caractère très actuel et urgent du débat instillé par les «décroissants». Surtout lorsque se multiplient, depuis quelques années maintenant, les rapports d’experts scientifiques internationaux ne cessant de pointer, avec de plus en plus d’insistance, les mécanismes de déréglementation climatique et biologique survenant à l’échelle mondiale.

Nathanael Rouny
07.05.2008

© Photo de une: Tilo Hauke, Dissen a.T.W., Allemagne (source: Wikipedia Commons)
Photo ci-dessus: Romary (Wikipedia Commons)


* Thèse qui sera traduite par Jacques Grinevald en 1979 sous le titre Demain la décroissance : Entropie – Écologie – Économie.


Pour en savoir plus :
Site de l’Institut d’Études Économiques et Sociales pour la Décroissance (IEESD)
Site d’informations et d’échanges à propos de la simplicité volontaire et de la décroissance
Site du journal La Décroissance




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