Costa-Rica, un pays éco-exemplaire ?
Petit Etat de l’Amérique centrale, peuplé de cinq millions d’habitants, le Costa-Rica est le bon élève de la région : démocratie, biodiversité et développement durable. « En 2021, nous serons passés à une économie ‘zéro carbone’ », affirme confiant le président Oscar Arias, prix Nobel de la paix en 1987 pour son rôle de médiateur dans plusieurs conflits de la région.
Un pays éco-exemplaire
Le Costa-Rica – où Christophe Colomb débarqua il y a cinq siècles – est un pays éco-exemplaire sur bien des points : sauvage dès qu’on sort des villes, il est champion de la protection de son exceptionnelle biodiversité végétale comme animale. Occupant seulement 0,03% de la surface du globe, il concentre près de 6% de la biodiversité mondiale. Le quart du territoire est sous protection et 11% sous protection totale. Le Costa Rica mène une politique très active de protection de l’environnement depuis la fin des années 80, avec notamment la reconnaissance d’un « droit à un environnement sain » dès 1994 ou la création, en 1989, de l’Institut national de biodiversité (INBio).
La population n’est pas en reste : dès leur jeune âge, les enfants sont sensibilisés à l’environnement tandis que l’éco-tourisme se développe un peu partout, rencontrant une clientèle de plus en plus à la recherche de cette forme de tourisme plus respectueux de la nature et des hommes. Le « drapeau bleu » vient distinguer les collectivités qui ont fait le plus d’efforts écologiques qu’il s’agisse des déchets ou de la protection des ressources naturelles. La forêt – victime de coupes sombres dans les années 50 – est en voie de reconstitution totale uniquement avec les espèces d’origine. La faune sauvage est d’autant mieux protégée – du toucan au jaguar en passant par le paisible paresseux ou le moins discret singe hurleur – qu’elle est un des attraits touristiques du pays.
L’objectif de devenir en 2021 (année du 200ème anniversaire de son indépendance) le premier pays du monde neutre en carbone – n’est pas aussi irréaliste qu’on pourrait l’imaginer. Un de ses atouts majeurs est déjà la production majoritaire d’électricité d’origine hydraulique mâtinée d’éolien tandis que des recherches sont en cours pour exploiter le potentiel géothermique et produire du biogaz à partir des pulpes de café.
Douze ans pour réussir la neutralité carbone
Comment un pays entier peut-il réussir le « zéro carbone » ? En plantant des arbres, onze arbres pour une voiture, explique-t-on au Costa-Rica. Mais la compensation carbone n’est pas évidente : quand les arbres auront poussé et n’absorberont plus de carbone, les voitures seront toujours là et encore plus nombreuses dans un pays où les transports en commun se limitent à des cars réservés à ceux qui ne peuvent pas faire autrement. « Il pleut beaucoup ici, alors on préfère rouler en voiture malgré les embouteillages », explique une consultante en tourisme. Fin de journée, à la sortie de l’aéroport de San José : comptez deux heures pour traverser cette capitale (1 million d’habitants) complètement congestionnée. Autre exemple à la frontière du Panama, près de Puerto Limón, sur la mer Caraïbe : des centaines de camions remontent leurs conteneurs vers la capitale sur une route à deux voies et à frayeur garantie. La « ligne de l’Atlantique » Limon-San José – voie ferrée construite en 1867 par la toute puissante United Fruit Company – a beaucoup souffert du terrible séisme de 1991. Elle n’a pas été rouverte depuis, faute de fonds. Alors les conteneurs prennent la route, toute la route. A l’ouest, la « ligne du Pacifique » est fermée depuis 1995 pour des raisons financières et sur pression des transporteurs routiers …
Exemple d’une action dans le secteur des transports : la compagnie aérienne costaricaine Nature Air s’est engagée à compenser tous les rejets de carbone de cette ligne grâce à l’achat de crédits carbone utilisés pour protéger les forêts tropicales du Sud du pays. Un loueur de voitures fait la même chose.Cet énorme effort de compensation des émissions de CO₂ passe aussi par un usage plus important des agro-carburants, davantage pour limiter les importations que pour des questions environnementales.
Bien sûr, il n’est pas question uniquement de compensation et la stratégie vise aussi à faire évoluer les comportements aussi bien que les méthodes de production industrielles dans un pays qui connaît un fort développement économique lié à l’agriculture mais aussi à la fabrication de composants électroniques. Un « Plan stratégique national » a ainsi été adopté, visant à développer les énergies renouvelables et les transports en commun (y compris électriques), tandis que la population est sensibilisée au recyclage des déchets, à la préservation des ressources naturelles et incitée à pratiquer un tourisme respectueux de l’environnement. Un label « Costa-Rica C neutral » a été créé pour inciter les industriels et les services publics à réduire leurs émissions, un manuel de 200 pages les aidant à trouver les bonnes initiatives. « Ce manuel, explique le ministre de l’Environnement, Jorge Rodriguez, propose aux entreprises des alternatives qui leur permettront d’être compétitives sur le marché d’aujourd’hui tout en réduisant leurs émissions de gaz à effet de serre et cela pour le bénéfice de tout le monde. » La démarche est pour l’instant volontaire.
Le « pari carbone » du Costa-Rica sera sans conteste une des expériences les plus intéressantes à suivre lors des prochaines années, sachant que l’objectif le plus difficile à atteindre concernera les transports, en l’absence d’infrastructures ferroviaires performantes alors que le pays a été pionnier dans ce domaine dès la fin du 19ème siècle.
Yves Leers en direct du Costa Rica
(*) – 10.000 espèces de plantes, 850 espèces d’oiseaux, 200 espèces de reptiles et autant de mammifères, 15.000 espèces de papillons et 1500 orchidées différentes !
(*) – Le Costa-Rica a été un des quatre premiers pays (avec l’Islande, la Norvège et la Nouvelle Zélande) à prendre part au « Réseau pour un climat neutre » (CN Net, Climate Neutral Network) du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE). Son but : promouvoir dans le monde entier des mesures conduisant à des sociétés à émettre moins de gaz à effet de serre tout en faisant des économies.
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